{"id":185589,"date":"2023-07-17T07:00:45","date_gmt":"2023-07-17T05:00:45","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/?p=185589"},"modified":"2023-08-24T01:40:36","modified_gmt":"2023-08-23T23:40:36","slug":"la-politique-industrielle-cest-de-leconomie-planifiee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2023\/07\/la-politique-industrielle-cest-de-leconomie-planifiee\/","title":{"rendered":"La politique industrielle, c\u2019est de l\u2019\u00e9conomie planifi\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p>La question de la pertinence de la politique industrielle est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 une question fondamentale, celle du r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat dans une \u00e9conomie sociale de march\u00e9. Il ne s\u2019agit pas de savoir si l\u2019\u00c9tat a un r\u00f4le \u00e0 jouer dans un tel syst\u00e8me, c\u2019est ind\u00e9niable, tous les \u00e9conomistes s\u2019accordent d\u2019ailleurs sur ce point. La question est plut\u00f4t de savoir quel type de r\u00f4le l\u2019\u00c9tat doit jouer exactement. L\u00e0, les sciences \u00e9conomiques pr\u00f4nent une s\u00e9paration claire des r\u00f4les entre l\u2019\u00c9tat et le secteur priv\u00e9 pour une utilisation la plus efficiente possible des ressources, par ailleurs limit\u00e9es.<\/p>\n<p>Il appartient \u00e0 l\u2019\u00c9tat de fixer le cadre r\u00e9glementaire de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique (garantir les droits de propri\u00e9t\u00e9 ou att\u00e9nuer certaines d\u00e9faillances du march\u00e9 bien d\u00e9finies, par exemple) par le biais d\u2019une politique environnementale ou d\u2019une politique de la concurrence. Dans une \u00e9conomie sociale de march\u00e9, l\u2019\u00c9tat est \u00e9galement charg\u00e9 d\u2019assurer une certaine redistribution en faveur des groupes d\u00e9favoris\u00e9s. Le secteur priv\u00e9, pour sa part, est responsable de l\u2019utilisation des ressources dans le respect du cadre pr\u00e9cit\u00e9, la concurrence permettant de limiter au maximum le gaspillage desdites ressources. L\u2019utilisation des ressources est pilot\u00e9e par les prix, marqueurs de raret\u00e9. Une telle organisation maximise le bien-\u00eatre, c\u2019est l\u2019un des fondamentaux de l\u2019\u00e9conomie classique.<\/p>\n<h2 class=\"text__graphic-title\">L\u2019intelligence collective d\u00e9passe la planification centralis\u00e9e<\/h2>\n<p>L\u2019alternative, c\u2019est l\u2019\u00e9conomie planifi\u00e9e. Dans une telle organisation, c\u2019est l\u2019\u00c9tat, et non le secteur priv\u00e9, qui assure la r\u00e9partition des ressources limit\u00e9es et ce ne sont pas les signaux-prix mais les d\u00e9cisions des autorit\u00e9s qui pilotent les investissements dans telle technologie ou tel secteur. Or, c\u2019est aussi ce qui d\u00e9finit une politique industrielle, puisque celle-ci repose sur le principe selon lequel il appartient aux services de l\u2019\u00c9tat d\u2019identifier les industries prometteuses d\u2019un pays et de les encourager par le biais d\u2019instruments tels que des subventions, une fiscalit\u00e9 all\u00e9g\u00e9e ou des barri\u00e8res protectionnistes.<\/p>\n<p>Les d\u00e9veloppements \u00e9conomiques de l\u2019apr\u00e8s-guerre, notamment l\u2019effondrement de l\u2019Union sovi\u00e9tique, ont clairement montr\u00e9 que l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 menait \u00e0 une utilisation plus efficiente des ressources que l\u2019\u00e9conomie planifi\u00e9e. Rien ne permet de penser qu\u2019une autorit\u00e9 \u00e9tatique serait mieux \u00e0 m\u00eame que des soci\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es d\u2019\u00e9valuer dans quelles activit\u00e9s il convient d\u2019investir. En effet, dans un cas, c\u2019est une seule entit\u00e9 en situation de monopole qui prend les d\u00e9cisions, alors que, dans l\u2019autre, les d\u00e9cisions reviennent \u00e0 de nombreuses entit\u00e9s en situation de concurrence. Logiquement, celles-ci d\u00e9cident sur la base d\u2019informations bien plus nombreuses, ce qui augmente donc fortement les chances de prendre les bonnes d\u00e9cisions.<\/p>\n<p>\u00c9tant donn\u00e9 qu\u2019on ne peut pas savoir quelles innovations vont s\u2019imposer, il est essentiel d\u2019associer le plus grand nombre aux processus de d\u00e9cision et d\u2019inciter ces acteurs \u00e0 r\u00e9agir le plus rapidement possible en pr\u00e9sence de nouvelles informations. Il est \u00e9galement central que les acteurs priv\u00e9s mobilisent leur propre capital et assument les cons\u00e9quences d\u2019une mauvaise strat\u00e9gie, ce qui n\u2019est pas le cas lorsqu\u2019on utilise l\u2019argent du contribuable. Le fonctionnaire qui aura mal allou\u00e9 une subvention ne subira que peu de cons\u00e9quences personnelles directes. M\u00eame en admettant que l\u2019\u00c9tat s\u2019efforce de maximiser l\u2019efficience de son action, celle-ci ne surpassera jamais l\u2019utilisation des ressources par le secteur priv\u00e9.<\/p>\n<h2 class=\"text__graphic-title\">Une inefficience encore renforc\u00e9e par le <em>lobbyisme<\/em><\/h2>\n<p>Une dimension politico-\u00e9conomique vient encore fortement alourdir le bilan d\u2019un pilotage \u00e9tatique. Car lorsque c\u2019est l\u2019\u00c9tat qui d\u00e9cide de l\u2019utilisation des ressources, cela ne peut que pousser les groupes d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 faire pencher la balance en leur faveur \u2013\u00a0et il ne s\u2019agit d\u00e8s lors logiquement plus de l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique du pays, mais d\u2019int\u00e9r\u00eats particuliers. Les d\u00e9cisions de politique industrielle sont donc moins souvent ax\u00e9es sur l\u2019efficience que sur une redistribution arbitraire servant les int\u00e9r\u00eats des groupes politiquement les plus influents.<\/p>\n<p>Pour qu\u2019une \u00e9conomie de march\u00e9 fonctionne, il faut donc une s\u00e9paration stricte entre les activit\u00e9s de l\u2019\u00c9tat et celle du secteur priv\u00e9. Or, la politique industrielle rend cette fronti\u00e8re poreuse et les responsabilit\u00e9s plus floues. En caricaturant, on pourrait arguer que si les autorit\u00e9s sont mieux \u00e0 m\u00eame d\u2019utiliser les ressources que les acteurs priv\u00e9s, alors pourquoi ne pas nationaliser directement toutes les entreprises \u00abimportantes\u00bb, voire l\u2019ensemble du tissu \u00e9conomique, et miser sur une \u00e9conomie planifi\u00e9e?<\/p>\n<p>La litt\u00e9rature \u00e9conomique empirique se montre d\u2019ailleurs tr\u00e8s sceptique \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la politique industrielle. S\u2019agissant de la r\u00e9ussite des pays d\u2019Asie du Sud-Est, appel\u00e9s les \u00abtigres asiatiques\u00bb, les \u00e9tudes montrent que leur croissance rapide a bien plus \u00e0 voir avec leur ouverture vers l\u2019ext\u00e9rieur, leur stabilit\u00e9 politique et leurs investissements dans la formation qu\u2019avec leur politique industrielle<a href=\"#footnote_1\" id=\"footnote-anchor_1\" class=\"inline-footnote__anchor\">[1]<\/a>, une \u00e9valuation g\u00e9n\u00e9rale que confirment d\u2019ailleurs de r\u00e9centes \u00e9tudes<a href=\"#footnote_2\" id=\"footnote-anchor_2\" class=\"inline-footnote__anchor\">[2]<\/a>.<\/p>\n<h2 class=\"text__graphic-title\">Le march\u00e9 libre ne fait pas recette<\/h2>\n<p>Mais alors, pourquoi la politique industrielle a-t-elle autant de succ\u00e8s et conna\u00eet-elle m\u00eame depuis peu un nouvel engouement? C\u2019est certainement d\u00fb \u00e0 l\u2019id\u00e9e que les d\u00e9cisions \u00e9conomiques, tout au moins certaines, devraient \u00eatre soigneusement planifi\u00e9es de mani\u00e8re centralis\u00e9e car elles seraient trop importantes pour \u00eatre prises de mani\u00e8re d\u00e9centralis\u00e9e sur des march\u00e9s peu contr\u00f4l\u00e9s. \u00c0 l\u2019heure actuelle, on peut citer l\u2019exemple de la politique climatique, pour laquelle l\u2019id\u00e9e de laisser agir la \u00abmain invisible\u00bb se heurte \u00e0 un profond scepticisme. Comme la probl\u00e9matique du climat r\u00e9sulte principalement d\u2019une d\u00e9faillance du march\u00e9\u00a0\u2013 \u00e0 savoir la non-prise en compte des externalit\u00e9s n\u00e9gatives li\u00e9es \u00e0 la pollution\u00a0\u2013 les interventions de l\u2019\u00c9tat sont l\u00e9gitimes. D\u2019un point de vue \u00e9conomique, il serait pourtant beaucoup plus efficace d\u2019employer des instruments de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 pour \u00e9viter toute distorsion des prix (des taxes d\u2019incitation par exemple) plut\u00f4t que de miser sur une politique industrielle de subventions et de pilotage de l\u2019innovation.<\/p>\n<p>La popularit\u00e9 dont jouissent actuellement les interventions de l\u2019\u00c9tat est certainement aussi due au fait que les politiques aiment \u00e0 se pr\u00e9senter comme des hommes et des femmes d\u2019action\u00a0qui, mus par leur vision de l\u2019avenir \u00e9conomique du pays, soutiennent activement certains secteurs de l\u2019\u00e9conomie, voire pire, certaines entreprises. Il est \u00e9videmment bien plus ennuyeux de miser sur la seule chose \u00e0 faire en termes d\u2019efficience, \u00e0 savoir jeter les bases permettant d\u2019encourager la concurrence et d\u2019\u00e9viter les distorsions puis laisser le secteur priv\u00e9 d\u00e9cider dans quelles branches il souhaite investir.<\/p>\n<h2 class=\"text__graphic-title\">Les prestations de services sont aussi touch\u00e9es<\/h2>\n<p>Abordons maintenant un autre aspect en lien avec l\u2019actualit\u00e9: la politique industrielle ne se limite pas \u00e0 l\u2019industrie au sens \u00e9troit du terme, mais concerne aussi les prestations de services. Depuis la reprise de Credit suisse par UBS, on entend souvent qu\u2019il est important que la Suisse poss\u00e8de une grande banque op\u00e9rant \u00e0 l\u2019international et qu\u2019il faut donc \u00eatre prudent dans la r\u00e9glementation de la nouvelle UBS. Voil\u00e0 qui sent bon la politique industrielle\u2026 L\u2019\u00c9tat ne peut ni ne devrait d\u00e9cider du type d\u2019\u00e9tablissements financiers dont la Suisse a \u00abbesoin\u00bb; c\u2019est une d\u00e9cision qui rel\u00e8ve du march\u00e9. Et pour que celui-ci fonctionne de mani\u00e8re efficiente, il ne faudrait pas donner <em>de facto<\/em> une garantie \u00e9tatique aux grandes banques en les qualifiant de \u00abtoo big to fail\u00bb et en leur assurant\u00a0\u2013 contrairement \u00e0 toutes les autres entreprises\u00a0\u2013 qu\u2019elles seront sauv\u00e9es par l\u2019\u00c9tat en cas de crise.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, la Suisse s\u2019en est toujours tr\u00e8s bien sortie \u00e9conomiquement en laissant largement le secteur priv\u00e9 piloter la r\u00e9partition des ressources et en renon\u00e7ant \u00e0 mener une politique industrielle. Qu\u2019il s\u2019agisse de politique climatique ou de politique financi\u00e8re, aucun d\u00e9veloppement actuel ne justifie de changer son fusil d\u2019\u00e9paule pour s\u2019orienter vers une \u00e9conomie planifi\u00e9e.<\/p>\n<ol class=\"footnote\"><li id=\"footnote_1\" class=\"footnote--item\">Voir Noland et Pack (2003).&nbsp;<a href=\"#footnote-anchor_1\" class=\"inline-footnote__anchor hidden-print\">[<span class=\"icon-arrow-up\"><\/span>]<\/a><\/li><li id=\"footnote_2\" class=\"footnote--item\">Voir Irwin (2023) ou Taylor (2023) p. ex.&nbsp;<a href=\"#footnote-anchor_2\" class=\"inline-footnote__anchor hidden-print\">[<span class=\"icon-arrow-up\"><\/span>]<\/a><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La question de la pertinence de la politique industrielle est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 une question fondamentale, celle du r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat dans une \u00e9conomie sociale de march\u00e9. 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(2003). Industrial policy in an era of globalization: Lessons from Asia. Institute for International Economics, Washington, DC.<\/li>\r\n \t<li class=\"content-copy\">Taylor T. (2023). <a href=\"https:\/\/conversableeconomist.com\/2023\/05\/25\/qualms-about-industrial-policy\/\">Qualms about industrial policy<\/a>, blog \u00abConversable Economist\u00bb.<\/li>\r\n<\/ul>","post_kasten":null,"post_notes_for_print":"","first_teaser_header_de":"","first_teaser_header_fr":"","first_teaser_text_de":"","first_teaser_text_fr":"","second_teaser_header_de":"","second_teaser_header_fr":"","second_teaser_text_de":"","second_teaser_text_fr":"","kseason_de":"","kseason_fr":"","post_in_pdf":"","main_focus":[185985,186003],"serie_email":null,"frontpage_slider_bild":"","artikel_bild-slider":null,"legacy_id":"","post_abstract":"","magazine_issue":null,"seco_author_reccomended_post":"","redaktoren":"","korrektor":"","planned_publication_date":"2023-07-17 00:00:00","original_files":null,"external_release_for_author":null,"external_release_for_author_time":"","link_for_external_authors":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/exedit\/64931422db53c"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/185589"}],"collection":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2751"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=185589"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/185589\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":186476,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/185589\/revisions\/186476"}],"acf:post":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/main_focus_post\/186003"},{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/main_focus_post\/185985"}],"acf:user":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2751"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/186263"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=185589"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post__type","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post__type?post=185589"},{"taxonomy":"post_opinion","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_opinion?post=185589"},{"taxonomy":"post_serie","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_serie?post=185589"},{"taxonomy":"post_content_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_category?post=185589"},{"taxonomy":"post_content_subject","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_subject?post=185589"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}