{"id":198880,"date":"2024-06-07T06:00:00","date_gmt":"2024-06-07T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/?p=198880"},"modified":"2024-06-07T13:11:07","modified_gmt":"2024-06-07T11:11:07","slug":"letat-a-t-il-toujours-plus-dinfluence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2024\/06\/letat-a-t-il-toujours-plus-dinfluence\/","title":{"rendered":"L\u2019\u00c9tat a-t-il toujours plus d\u2019influence?"},"content":{"rendered":"<div class=\"content-copy-questions\">Monsieur Fischer, Monsieur Wegelin, vous faites partie des journalistes \u00e9conomiques les plus renomm\u00e9s du pays. Dans votre enfance, quel quotidien lisait-on au petit-d\u00e9jeuner?<\/div>\n<p><strong>Peter A. Fischer:<\/strong> Le Brugger Tagblatt, un journal r\u00e9gional typique.<\/p>\n<p><strong>Yves Wegelin:<\/strong> Ma m\u00e8re lisait 24\u00a0heures, mon p\u00e8re, le Bund et la NZZ.<\/p>\n<div class=\"content-copy-questions\">Rien qui ne laisse pr\u00e9sager votre orientation politique actuelle.<\/div>\n<p><strong>P. Fischer:<\/strong> Qu\u2019est-ce qu\u2019on entend par orientation politique? En tant qu\u2019\u00e9conomiste lib\u00e9ral, je ne sacrifierais pour rien au monde l\u2019efficience et la libert\u00e9, par conviction et par exp\u00e9rience.<\/p>\n<p><strong>Y. Wegelin:<\/strong> Mes parents ont toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s progressistes. Mais ce qui m\u2019a le plus marqu\u00e9, ce sont les discussions politiques que nous avions \u00e0 la maison.<\/p>\n<div class=\"content-copy-questions\">Vous avez tous les deux \u00e9tudi\u00e9 l\u2019\u00e9conomie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Berne, \u00e0 dix ans d\u2019intervalle. Pourquoi avez-vous choisi cette voie?<\/div>\n<p><strong>P. Fischer:<\/strong> Au gymnase \u00e9conomique, j\u2019ai appris que les incitations \u00e9conomiques expliquent en grande partie le fonctionnement d\u2019une soci\u00e9t\u00e9. Cela m\u2019a particuli\u00e8rement int\u00e9ress\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Y. Wegelin:<\/strong> Je voulais comprendre comment fonctionne le monde. Mon choix s\u2019est donc port\u00e9 sur les sciences \u00e9conomiques et politiques. J\u2019ai rapidement acquis la conviction que, pour comprendre le monde, il faut comprendre le capitalisme.<\/p>\n<p><span class=\"content-quotes\">Un bon \u00e9conomiste ne peut \u00eatre qu\u2019un \u00e9conomiste lib\u00e9ral.<\/span><\/p>\n<p>\u2013 Peter A. Fischer<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"content-copy-questions\">En mati\u00e8re de politique \u00e9conomique, vous d\u00e9fendez, Monsieur Fischer, des th\u00e8ses lib\u00e9rales, et vous, Monsieur Wegelin, des id\u00e9es de gauche. Comment est-ce possible en ayant eu les m\u00eames professeurs \u00e0 l\u2019universit\u00e9?<\/div>\n<p><strong>Y. Wegelin:<\/strong> Ce qui m\u2019int\u00e9resse, ce sont les faits et les arguments. Et, dans ce domaine, les sciences \u00e9conomiques, mais aussi les sciences politiques et sociales, ont plus \u00e0 offrir que la simple th\u00e9orie du n\u00e9olib\u00e9ralisme classique. La crise financi\u00e8re de 2008 m\u2019a aussi profond\u00e9ment marqu\u00e9, car elle m\u2019a fait prendre conscience que bien des choses que j\u2019avais apprises sont plus complexes dans la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>P. Fischer:<\/strong> Le monde a toujours \u00e9t\u00e9 complexe. Mais la Suisse ferait bien de se rem\u00e9morer les principes fondamentaux de l\u2019\u00e9conomie, \u00e0 savoir que les ressources sont limit\u00e9es, qu\u2019il y a des conflits d\u2019objectifs et que la prosp\u00e9rit\u00e9 recule quand l\u2019influence de l\u2019\u00c9tat grandit.<\/p>\n<p><strong>Y. Wegelin:<\/strong> Pendant mes \u00e9tudes \u00e0 l\u2019universit\u00e9, nous n\u2019avons pas abord\u00e9 le th\u00e8me des in\u00e9galit\u00e9s et de leurs cons\u00e9quences \u00e9conomiques, pas plus que les courants de pens\u00e9e moins dogmatiques.<\/p>\n<div class=\"content-copy-questions\">Monsieur Fischer, a-t-on accord\u00e9 trop de place \u00e0 l\u2019enseignement de l\u2019\u00e9conomie n\u00e9oclassique?<\/div>\n<p><strong>P. Fischer:<\/strong> Nous avons aussi abord\u00e9 le sujet des in\u00e9galit\u00e9s, de l\u2019optimisation du bien-\u00eatre et les mod\u00e8les keyn\u00e9siens. Cela dit, je suis d\u2019avis qu\u2019un bon \u00e9conomiste ne peut \u00eatre qu\u2019un \u00e9conomiste lib\u00e9ral car, en \u00e9conomie, tout tourne autour de l\u2019efficience.<\/p>\n<p><strong>Y. Wegelin:<\/strong> Il n\u2019y a pas que l\u2019efficience. Les sciences \u00e9conomiques ont aussi pour but d\u2019aider \u00e0 comprendre le fonctionnement de l\u2019\u00e9conomie, notamment pour permettre \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019atteindre les objectifs qu\u2019elle se fixe de mani\u00e8re d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p><strong>P. Fischer:<\/strong> La d\u00e9mocratie est un bon moyen de refl\u00e9ter les id\u00e9aux d\u2019une soci\u00e9t\u00e9. Mais pour qu\u2019il y ait un g\u00e2teau \u00e0 partager, il vaut mieux le confectionner de mani\u00e8re efficiente.<\/p>\n<p><strong>Y. Wegelin:<\/strong> C\u2019est juste, mais un march\u00e9 d\u00e9r\u00e9gul\u00e9 n\u2019est pas toujours efficient, comme le montre l\u2019exemple de Credit Suisse.<\/p>\n<p><strong>P. Fischer:<\/strong> J\u2019en conviens, tout n\u2019est pas parfait sur les march\u00e9s financiers. Mais, dans ce secteur aussi, il y a plut\u00f4t trop que pas assez d\u2019\u00c9tat. Nous avons besoin d\u2019un \u00c9tat fort qui fixe des r\u00e8gles, pas d\u2019un \u00c9tat qui dirige lui-m\u00eame une banque.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/content\/uploads\/2024\/06\/Seco_Portrait_300dpi_IMG_5810_cop_2-scaled.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-large wp-image-199171\" src=\"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/content\/uploads\/2024\/06\/Seco_Portrait_300dpi_IMG_5810_cop_2-1024x552.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"431\" srcset=\"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/content\/uploads\/2024\/06\/Seco_Portrait_300dpi_IMG_5810_cop_2-1024x552.jpg 1024w, https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/content\/uploads\/2024\/06\/Seco_Portrait_300dpi_IMG_5810_cop_2-300x162.jpg 300w, https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/content\/uploads\/2024\/06\/Seco_Portrait_300dpi_IMG_5810_cop_2-768x414.jpg 768w, https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/content\/uploads\/2024\/06\/Seco_Portrait_300dpi_IMG_5810_cop_2-1536x828.jpg 1536w, https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/content\/uploads\/2024\/06\/Seco_Portrait_300dpi_IMG_5810_cop_2-2048x1104.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a><\/p>\n<h6 class=\"content-copy\">Yves Wegelin et Peter A. Fischer dans l&#8217;atrium de l&#8217;universit\u00e9 de Zurich. (Image: Keystone \/ Michael Calabro)<\/h6>\n<div class=\"content-copy-questions\">Quand vous parlez de l\u2019\u00c9tat, de qui parlez-vous?<\/div>\n<p><strong>Y. Wegelin:<\/strong> Outre le gouvernement, le Parlement, les tribunaux et l\u2019administration, les assurances sociales et les entreprises publiques sont importantes aussi. L\u2019\u00c9tat cr\u00e9e beaucoup de richesses gr\u00e2ce au service public, mais c\u2019est volontiers pass\u00e9 sous silence.<\/p>\n<p><strong>P. Fischer:<\/strong> D\u2019accord pour les communes, les cantons, la Conf\u00e9d\u00e9ration et les entreprises publiques. Mais l\u2019\u00c9tat est d\u2019abord un cadre politique qui doit garantir la propri\u00e9t\u00e9 et l\u2019acc\u00e8s au march\u00e9. Il fournit des biens publics et corrige les d\u00e9faillances du march\u00e9, si la soci\u00e9t\u00e9 le souhaite, bien s\u00fbr.<\/p>\n<div class=\"content-copy-questions\">Lorsque je m\u2019emporte contre l\u2019\u00c9tat, contre qui suis-je en col\u00e8re?<\/div>\n<p><strong>P. Fischer:<\/strong> Vous pestez peut-\u00eatre contre des bureaucrates ou des imp\u00f4ts trop \u00e9lev\u00e9s. Mais, en fin de compte, l\u2019\u00c9tat est une communaut\u00e9. L\u2019\u00c9tat, c\u2019est nous tous.<\/p>\n<p><strong>Y. Wegelin:<\/strong> Oui, dans l\u2019id\u00e9al. Cependant, dans les faits, certains lobbys \u00e9conomiques ont plus de poids au sein de la Berne f\u00e9d\u00e9rale que les simples citoyens, \u00e0 l\u2019image d\u2019UBS sur la question de l\u2019organisation de la r\u00e9glementation des march\u00e9s financiers.<\/p>\n<p><span class=\"content-quotes\">Il existe de nombreuses possibilit\u00e9s de faire des \u00e9conomies.<\/span><\/p>\n<p>\u2013 Peter A. Fischer<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"content-copy-questions\">L\u2019\u00c9tat s\u2019\u00e9tend: en Suisse, sa quote-part, soit les d\u00e9penses de l\u2019\u00c9tat rapport\u00e9es au PIB, a augment\u00e9 ces soixante derni\u00e8res ann\u00e9es, passant de 16% \u00e0 32%.<\/div>\n<p><strong>Y. Wegelin:<\/strong> En examinant l\u2019\u00e9volution sur une p\u00e9riode aussi longue, on occulte le fait que les d\u00e9penses publiques n\u2019ont augment\u00e9 que jusqu\u2019en 1993 et qu\u2019elles ont stagn\u00e9 depuis. En 2022, elles atteignaient 31,9%, soit un peu moins que les 32,4% de l\u2019\u00e9poque. J\u2019\u00e9prouve un certain agacement quand des repr\u00e9sentants des partis bourgeois affirment, contre toute \u00e9vidence, que l\u2019\u00c9tat s\u2019\u00e9tend.<\/p>\n<p><strong>P. Fischer: <\/strong>Si on fait le calcul correctement, c\u2019est-\u00e0-dire en incluant l\u2019assurance-maladie obligatoire et la pr\u00e9voyance professionnelle, la quote-part de l\u2019\u00c9tat atteint m\u00eame 40%. Et si l\u2019on consid\u00e8re les d\u00e9penses absolues, on voit que les d\u00e9penses publiques ont doubl\u00e9 depuis 1990, en termes r\u00e9els, les d\u00e9penses sociales ayant m\u00eame tripl\u00e9. Elles ont donc progress\u00e9 beaucoup plus fortement que le PIB. Les d\u00e9penses de l\u2019arm\u00e9e sont les seules qui ont diminu\u00e9. La situation s\u2019est-elle d\u00e9grad\u00e9e \u00e0 ce point qu\u2019il faille tripler les d\u00e9penses sociales? Il existe de nombreuses possibilit\u00e9s de faire des \u00e9conomies.<\/p>\n<p><strong>Y. Wegelin:<\/strong> Je m\u2019\u00e9tonne que vous et d\u2019autres \u00e9conomistes argumentiez avec des chiffres absolus. Baser une analyse macro\u00e9conomique sur de tels chiffres absolus est un non-sens \u00e9conomique. Si le PIB cro\u00eet, tout le reste augmente aussi, y compris les d\u00e9penses publiques.<\/p>\n<p><strong>P. Fischer:<\/strong> Si l\u2019on consid\u00e8re que la mission de l\u2019\u00c9tat est de fixer un cadre r\u00e9glementaire, on devrait pouvoir faire des revenus d\u2019\u00e9chelle. Autrement dit, quand la population augmente, on devrait pouvoir faire proportionnellement avec moins d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p><strong> Y. Wegelin:<\/strong>\u00a0Mais l\u2019\u00c9tat ne fixe pas seulement un cadre, il s\u2019occupe aussi de la protection sociale, de l\u2019\u00e9ducation, de la sant\u00e9 et de bien d\u2019autres choses encore. Les d\u00e9penses augmentent forc\u00e9ment quand le PIB augmente. Comme l\u2019enseigne l\u2019\u00e9conomiste am\u00e9ricain William Baumol, le prix de services comme l\u2019\u00e9ducation ou la sant\u00e9 progresse forc\u00e9ment, compar\u00e9s \u00e0 celui de nombreux biens de consommation, car la productivit\u00e9 de ces services n\u2019augmente gu\u00e8re. Pour que le m\u00eame niveau de prestations soit maintenu, il faudrait plut\u00f4t que les d\u00e9penses de l\u2019\u00c9tat soient en hausse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/content\/uploads\/2024\/05\/SECO_Portrait_300dpi_IMG_5881-scaled.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-large wp-image-199131\" src=\"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/content\/uploads\/2024\/05\/SECO_Portrait_300dpi_IMG_5881-1024x683.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"534\" srcset=\"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/content\/uploads\/2024\/05\/SECO_Portrait_300dpi_IMG_5881-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/content\/uploads\/2024\/05\/SECO_Portrait_300dpi_IMG_5881-300x200.jpg 300w, https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/content\/uploads\/2024\/05\/SECO_Portrait_300dpi_IMG_5881-768x512.jpg 768w, https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/content\/uploads\/2024\/05\/SECO_Portrait_300dpi_IMG_5881-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/content\/uploads\/2024\/05\/SECO_Portrait_300dpi_IMG_5881-2048x1366.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a><\/p>\n<h6 class=\"content-copy\">Yves Wegelin: \u00abLes recettes ordolib\u00e9rales des ann\u00e9es nonante sont \u00e9cul\u00e9es.\u00bb (Image: Keystone \/ Michael Calabro)<\/h6>\n<div class=\"content-copy-questions\">Monsieur Fischer, vous \u00eates certainement d\u2019un autre avis.<\/div>\n<p><strong>P. Fischer:<\/strong> C\u2019est bien l\u00e0 le probl\u00e8me. Si l\u2019\u00c9tat intervient toujours davantage et dans des secteurs non productifs o\u00f9 il verse en plus les plus gros salaires, cela m\u00e8ne \u00e0 d\u2019importantes pertes d\u2019efficience qui ralentissent la croissance.<\/p>\n<p><strong>Y. Wegelin:<\/strong> Ce n\u2019est pas parce que la productivit\u00e9 cro\u00eet moins fortement dans le service public que celui-ci ne cr\u00e9e pas de richesses. Nombreux sont qui parlent du syst\u00e8me de sant\u00e9 comme s\u2019il d\u00e9truisait la richesse gagn\u00e9e dans le secteur priv\u00e9. \u00c0 l\u2019image des sommes que nous d\u00e9pensons pour acheter de la nourriture ou de l\u2019\u00e9lectrom\u00e9nager, les co\u00fbts de la sant\u00e9 repr\u00e9sentent \u00e0 l\u2019autre extr\u00e9mit\u00e9 le revenu d\u2019une main-d\u2019\u0153uvre qui permet la prosp\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>P. Fischer:<\/strong> La sant\u00e9 est un bien sup\u00e9rieur: plus la prosp\u00e9rit\u00e9 augmente, plus on veut (et on peut) d\u00e9penser pour ce bien. L\u2019\u00e9volution d\u00e9mographique entra\u00eene \u00e9galement une hausse de la demande. Il n\u2019y a rien \u00e0 objecter \u00e0 cela. Mais il faut pouvoir se le permettre. En tant qu\u2019\u00e9conomistes, nous devrions faire en sorte que le syst\u00e8me de sant\u00e9 soit le plus efficace possible. Or, en ce moment, nous avons beaucoup trop d\u2019\u00c9tat et de bureaucratie et pas assez de concurrence dans ce domaine.<\/p>\n<div class=\"content-copy-questions\">Beaucoup s\u2019imaginent que l\u2019\u00c9tat pourvoit \u00e0 tout. Cette croyance semble aussi avoir contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019acceptation de la 13<sup>e<\/sup>\u00a0rente AVS. Que faut-il en penser?<\/div>\n<p><strong>P. Fischer: <\/strong>Autrefois, l\u2019\u00c9tat \u00e9tait le pr\u00eateur en dernier ressort, autrement dit, l\u2019ultime cr\u00e9ancier vers lequel on pouvait se tourner quand on ne s\u2019en sortait plus par ses propres moyens. Mais aujourd\u2019hui, d\u00e8s qu\u2019un probl\u00e8me surgit, quel qu\u2019il soit, la politique et l\u2019\u00c9tat arrivent imm\u00e9diatement \u00e0 la rescousse. En parall\u00e8le, le nombre de revendications ne cesse de cro\u00eetre: s\u2019il y a toujours plus d\u2019\u00c9tat et qu\u2019il me co\u00fbte toujours plus cher, je veux moi aussi en profiter. Ces deux ph\u00e9nom\u00e8nes se renforcent mutuellement.<\/p>\n<p><strong>Y. Wegelin:<\/strong> Au niveau mondial, on assiste \u00e0 un certain retour de l\u2019\u00c9tat qui tente surtout de brider quelque peu une \u00e9conomie d\u00e9r\u00e9gul\u00e9e qui est \u00e0 l\u2019origine de l\u2019instabilit\u00e9 du syst\u00e8me financier, des monopoles technologiques et du r\u00e9chauffement climatique. La revendication d\u2019un \u00e9quilibre social, qui s\u2019est notamment manifest\u00e9e dans l\u2019acceptation de la 13<sup>e <\/sup>rente AVS, est tout simplement une r\u00e9action \u00e0 l\u2019in\u00e9galit\u00e9 croissante des revenus et des richesses, qui bien qu\u2019elle soit souvent ni\u00e9e, est bien visible dans la statistique officielle. De plus, l\u2019\u00c9tat intervient souvent dans l\u2019int\u00e9r\u00eat des entreprises, \u00e0 l\u2019image des sauvetages d\u2019UBS et de CS.<\/p>\n<div>\n<p><span class=\"content-quotes\">De nombreux imp\u00f4ts ont \u00e9t\u00e9 abaiss\u00e9s ou supprim\u00e9s ces trente derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u2013 Yves Wegelin<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"content-copy-questions\">Revenons-en aux r\u00e9glementations. L\u2019Universit\u00e9 de Zurich affirme, chiffres \u00e0 l\u2019appui, que les textes de loi suisses augmentent de 39\u00a0mots en moyenne chaque ann\u00e9e. Que dit cette \u00e9volution de notre syst\u00e8me \u00e9tatique?<\/div>\n<p><strong>P. Fischer:<\/strong> Malheureusement, la politique est faite non pas par des \u00e9conomistes, mais par des juristes qui veulent avoir des r\u00e9ponses pr\u00e9cises \u00e0 toutes les questions. C\u2019est la raison pour laquelle les lois sont de plus en plus nombreuses et de plus en plus longues. En tant qu\u2019\u00e9conomiste, je trouve qu\u2019une r\u00e9glementation qui fixe de grands principes et qui renforce la responsabilit\u00e9 individuelle est beaucoup plus efficace. Chaque entreprise doit r\u00e9pondre de ses actes.<\/p>\n<p><strong>Y. Wegelin:<\/strong> Oui, mais la r\u00e9glementation bancaire montre que ce sont souvent les d\u00e9r\u00e9gulations voulues par le camp bourgeois qui alimentent la bureaucratie: au lieu d\u2019obliger les grandes banques \u00e0 d\u00e9tenir 10, 15, voire 20% de fonds propres pour qu\u2019elles puissent supporter elles-m\u00eames des pertes \u00e9ventuelles, la ministre des Finances Karin Keller-Sutter propose un arsenal de petites mesures.<\/p>\n<p><strong>P. Fischer:<\/strong> Si l\u2019on regarde le nombre de r\u00e9glementations ou d\u2019employ\u00e9s dans les entreprises publiques, l\u2019empreinte de l\u2019\u00c9tat a augment\u00e9, c\u2019est un fait incontest\u00e9. Au total, pr\u00e8s d\u2019un employ\u00e9 sur quatre travaille dans le service public.<\/p>\n<div class=\"content-copy-questions\">O\u00f9 feriez-vous des \u00e9conomies et o\u00f9 augmenteriez-vous les imp\u00f4ts?<\/div>\n<p><strong>Y. Wegelin: <\/strong>De nombreux imp\u00f4ts ont \u00e9t\u00e9 abaiss\u00e9s ou supprim\u00e9s ces trente derni\u00e8res ann\u00e9es. Une redistribution s\u2019op\u00e8re du bas vers le haut. J\u2019\u00e9conomiserais dans le d\u00e9veloppement du r\u00e9seau autoroutier, car le trafic automobile \u00e9met autant de CO<sub>2<\/sub> qu\u2019il y a trente ans. J\u2019introduirais aussi un imp\u00f4t sur les successions et abolirais le secret bancaire en Suisse. Car la fraude fiscale n\u2019est pas seulement injuste, elle est aussi inefficace.<\/p>\n<p><strong>P. Fischer: <\/strong>J\u2019aimerais bien voir les suppressions de r\u00e9glementations et d\u2019imp\u00f4ts que vous \u00e9voquez. Nous n\u2019avons pas un probl\u00e8me de recettes, mais un probl\u00e8me de d\u00e9penses. Dans le domaine des assurances sociales, le principe de l\u2019assurance devrait occuper une place plus importante. Pourquoi la Conf\u00e9d\u00e9ration finance-t-elle 20% des d\u00e9penses de l\u2019AVS? Et pourquoi verse-t-elle une somme aussi \u00e9lev\u00e9e \u00e0 l\u2019assurance-ch\u00f4mage? Je r\u00e9duirais aussi consid\u00e9rablement les subventions en faveur de l\u2019agriculture et exigerais une plus grande efficacit\u00e9 des transports publics. Dans le domaine climatique, j\u2019encouragerais les taxes d\u2019incitation au lieu des subventions.<\/p>\n<div class=\"content-copy-questions\">Pour la septi\u00e8me ann\u00e9e cons\u00e9cutive, la Finlande est le pays le plus heureux du monde, selon le Rapport mondial sur le bonheur des Nations Unies. La Suisse pointe au neuvi\u00e8me rang de ce classement. En Finlande, la quote-part de l\u2019\u00c9tat atteint 55%, contre 32% en Suisse. Plus d\u2019\u00c9tat rend-il plus heureux?<\/div>\n<p><strong>P. Fischer:<\/strong> J\u2019aime beaucoup la Finlande et j\u2019y fais souvent du ski. Mais le pays illustre bien ce qui arrive quand on en demande toujours plus \u00e0 l\u2019\u00c9tat. Son taux d\u2019endettement est pass\u00e9 de 35% en 2008 \u00e0 75% aujourd\u2019hui. Si elle poursuit sur cette voie, la Finlande deviendra une nouvelle Gr\u00e8ce, un pays o\u00f9 chacun n\u2019a plus qu\u2019une seule id\u00e9e en t\u00eate: profiter le plus possible de l\u2019\u00c9tat. Est-ce l\u00e0 la d\u00e9finition du bonheur? Il appartient \u00e0 chaque soci\u00e9t\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 cette question. Je consid\u00e8re cependant que nous avons une responsabilit\u00e9 envers les prochaines g\u00e9n\u00e9rations. Un \u00c9tat qui se d\u00e9veloppe en s\u2019endettant sur le dos des g\u00e9n\u00e9rations suivantes me semble irresponsable.<\/p>\n<p><strong>Y. Wegelin:<\/strong> Un service public efficace est essentiel pour le bien-\u00eatre des gens. Au XX<sup>e <\/sup>si\u00e8cle, la Suisse a adopt\u00e9 un mod\u00e8le \u00e9conomique performant qui lui a apport\u00e9 la prosp\u00e9rit\u00e9 et un faible taux de ch\u00f4mage et qui a compens\u00e9, dans une certaine mesure, sa petite taille. Mais ce mod\u00e8le \u00e9conomique, qui a attir\u00e9 des sommes incroyables de capitaux dans le pays en raison de la faible fiscalit\u00e9 et du secret bancaire, avait le d\u00e9faut de desservir les int\u00e9r\u00eats d\u2019autres pays. Aujourd\u2019hui, il est d\u00e9pass\u00e9 car d\u2019autres pays baissent leurs imp\u00f4ts pour attirer les multinationales ou chicanent la Suisse sur les questions de fiscalit\u00e9 et de secret bancaire. Les recettes ordolib\u00e9rales des ann\u00e9es nonante sont \u00e9cul\u00e9es, mais curieusement, cela ne suscite pas de d\u00e9bat.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Monsieur Fischer, Monsieur Wegelin, vous faites partie des journalistes \u00e9conomiques les plus renomm\u00e9s du pays. Dans votre enfance, quel quotidien lisait-on au petit-d\u00e9jeuner? Peter A. Fischer: Le Brugger Tagblatt, un journal r\u00e9gional typique. Yves Wegelin: Ma m\u00e8re lisait 24\u00a0heures, mon p\u00e8re, le Bund et la NZZ. Rien qui ne laisse pr\u00e9sager votre orientation politique actuelle. 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