{"id":214914,"date":"2025-11-11T06:55:51","date_gmt":"2025-11-11T05:55:51","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/?p=214914"},"modified":"2025-11-11T09:08:19","modified_gmt":"2025-11-11T08:08:19","slug":"la-suisse-dans-le-collimateur-des-cyberespions","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2025\/11\/la-suisse-dans-le-collimateur-des-cyberespions\/","title":{"rendered":"La Suisse dans le collimateur des cyberespions"},"content":{"rendered":"<p>Salisbury (Angleterre), le 4\u00a0mars 2018: deux personnes inconscientes gisent sur un banc dans un parc. On soup\u00e7onne qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 empoisonn\u00e9es. Le poison s\u2019av\u00e8re \u00eatre du Novitchok, un agent neurotoxique militaire. Scandale aux r\u00e9percussions internationales, ce cas occupera quelques semaines plus tard le laboratoire de Spiez, victime \u00e0 son tour d\u2019une cyberattaque perp\u00e9tr\u00e9e par des agents \u00e9tatiques. Les faits qui s\u2019en suivent montrent comment fonctionnent les cybermenaces lanc\u00e9es par un \u00c9tat et mettent en lumi\u00e8re le r\u00f4le du Service de renseignement de la Conf\u00e9d\u00e9ration (SRC).<\/p>\n<p>Instrument de la politique de s\u00e9curit\u00e9 pr\u00e9ventive, le SRC joue aussi un r\u00f4le unique en cas de cybermenaces: il a pour mission de d\u00e9tecter et de pr\u00e9venir le cyberespionnage et le cybersabotage ainsi que d\u2019\u00e9valuer les cybermenaces qui p\u00e8sent sur la Suisse. L\u2019identification des responsables (appel\u00e9e \u00e9galement \u00abattribution\u00bb) en fait sa singularit\u00e9. Le SRC intervient lorsque des auteurs s\u2019attaquent \u00e0 des cibles en Suisse et utilisent des infrastructures suisses pour s\u2019en prendre \u00e0 des \u00c9tats tiers, le crit\u00e8re d\u00e9terminant \u00e9tant toujours que ces auteurs sont des agents \u00e9tatiques.<\/p>\n<p>L\u2019affaire du laboratoire de Spiez entre dans cette cat\u00e9gorie: fleuron mondial de l\u2019analyse des risques nucl\u00e9aires, biologiques et chimiques, cet institut est pris pour cible par un cyberacteur \u00e9tatique. Il est une cible strat\u00e9gique car il est certifi\u00e9 par l\u2019Organisation pour l\u2019interdiction des armes chimiques (OIAC): quiconque est capable de porter atteinte \u00e0 la cr\u00e9dibilit\u00e9 d\u2019une institution de ce genre et de son travail exerce une influence politique.<\/p>\n<h2 class=\"text__graphic-title\">Cyberattaques commandit\u00e9es par des \u00c9tats: une nouvelle dimension<\/h2>\n<p>Les cyberattaques lanc\u00e9es par des agents \u00e9tatiques sont fonci\u00e8rement diff\u00e9rentes des autres attaques: tandis que les cybercriminels veulent de l\u2019argent, les \u00c9tats veulent obtenir des informations, une emprise ou des avantages strat\u00e9giques. Ils disposent de ressources, d\u2019unit\u00e9s sp\u00e9cialis\u00e9es et de de technologies de pointe. Op\u00e9rant sur plusieurs fronts, ils font preuve de d\u00e9termination et de pers\u00e9v\u00e9rance.<\/p>\n<p>Leurs cibles pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es sont les autorit\u00e9s charg\u00e9es de la s\u00e9curit\u00e9 et de la politique ext\u00e9rieure, les instituts de recherche actifs dans des domaines sensibles, comme le laboratoire de Spiez, et les exploitants d\u2019infrastructures critiques. Les cyberattaques commandit\u00e9es par les \u00c9tats russes et chinois espionnent \u00e0 grande \u00e9chelle des cibles suisses, imit\u00e9s en cela par des acteurs iraniens et nord-cor\u00e9ens.<\/p>\n<p>Avril\u00a02018, \u00e0 La Haye: quatre agents russes atterrissent aux Pays-Bas et descendent dans un h\u00f4tel situ\u00e9 \u00e0 proximit\u00e9 de l\u2019OIAC. Quand ils sont arr\u00eat\u00e9s le 13\u00a0avril, les autorit\u00e9s n\u00e9erlandaises trouvent dans leurs bagages des ordinateurs, des antennes, du mat\u00e9riel d\u2019espionnage et des recherches Internet sur le laboratoire de Spiez, ainsi que des billets de train pour B\u00e2le, pour le 17\u00a0avril. Les agents sont expuls\u00e9s vers la Russie.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, une attaque invisible se d\u00e9roule: des mois avant la tenue d\u2019une conf\u00e9rence organis\u00e9e par le laboratoire de Spiez, un courriel d\u2019invitation est envoy\u00e9 \u00e0 des chercheuses et des chercheurs du monde entier. Le courriel, qui semble avoir \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 par le laboratoire, contient en pi\u00e8ce jointe un document Word renfermant un programme malveillant: un courriel d\u2019hame\u00e7onnage parfaitement camoufl\u00e9. L\u2019attaque est donc hybride, aussi bien physique que num\u00e9rique.<\/p>\n<h2 class=\"text__graphic-title\">L\u2019identification des auteurs, une mission primordiale<\/h2>\n<p>L\u2019identification des auteurs des attaques contre des cibles relevant de la politique de s\u00e9curit\u00e9 compte parmi les principales missions du SRC qui, pour la remplir, s\u2019appuie sur une d\u00e9marche int\u00e9grale et interdisciplinaire: analyse de l\u2019incident, examen du contexte g\u00e9opolitique et exploitation de toutes les sources de renseignements disponibles afin de se procurer toutes les informations possibles. L\u2019attribution des attaques \u00e0 leurs auteurs est l\u2019\u00e9l\u00e9ment essentiel qui permet aux responsables f\u00e9d\u00e9raux et cantonaux de la politique de s\u00e9curit\u00e9 suisse de d\u00e9finir des mesures et de les appliquer.<\/p>\n<p>Unique service de renseignement civil de Suisse, le SRC travaille avec des sources humaines et a acc\u00e8s \u00e0 des capteurs techniques. Il \u00e9change des renseignements avec des services partenaires dans le monde entier et combine les indices techniques et le contexte strat\u00e9gique afin de comprendre qui a un motif pour mener une attaque, qui en a la capacit\u00e9 et qui en tire parti.<\/p>\n<p>Dans le cas du laboratoire de Spiez, le SRC a analys\u00e9 les tentatives d\u2019hame\u00e7onnage, les traces techniques et le mode op\u00e9ratoire des attaquants. Des partenaires internationaux lui ont fourni des \u00e9l\u00e9ments suppl\u00e9mentaires. Le SRC a ainsi cherch\u00e9 \u00e0 identifier la signature que porte cette attaque et \u00e0 d\u00e9terminer s\u2019il s\u2019agit, comme pour l\u2019OIAC, du GRU, le service russe de renseignement militaire.<\/p>\n<h2 class=\"text__graphic-title\">La cybers\u00e9curit\u00e9, une t\u00e2che commune<\/h2>\n<p>La s\u00e9curit\u00e9 de la Suisse \u00e9tant une t\u00e2che commune, y compris dans le cyberespace, le SRC travaille en \u00e9troite collaboration avec d\u2019autres services f\u00e9d\u00e9raux, les autorit\u00e9s cantonales ainsi que des particuliers, des entreprises et des organisations (voir <em>illustration<\/em>).<\/p>\n<p>Cette collaboration est un facteur de succ\u00e8s d\u00e9cisif. En collectant des informations indispensables \u00e0 l\u2019identification des agresseurs (mode op\u00e9ratoire, intention et cibles), le SRC \u00e9paule l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la cybers\u00e9curit\u00e9, le Commandement Cyber et les autorit\u00e9s nationales et cantonales de poursuite p\u00e9nale.<\/p>\n<p>Dans l\u2019affaire du laboratoire de Spiez, cette collaboration a \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9e de succ\u00e8s: le SRC a averti l\u2019institut de la tentative d\u2019hame\u00e7onnage et men\u00e9 l\u2019enqu\u00eate. De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de protection de la population en a inform\u00e9 les experts concern\u00e9s. Le laboratoire lui-m\u00eame n\u2019a pas enregistr\u00e9 de pertes de donn\u00e9es. Enfin, la Suisse a partag\u00e9 ses conclusions avec ses partenaires internationaux.<\/p>\n<h2 class=\"text__graphic-title\">Collaboration dans le cyberespace: la cl\u00e9 du succ\u00e8s<\/h2>\n<p><a href=\"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/content\/uploads\/2025\/11\/DV_09-25_Gnaegi_FR-004-300x181.png\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-215269 size-large\" src=\"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/content\/uploads\/2025\/11\/DV_09-25_Gnaegi_FR-004-1024x619.png\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"484\" srcset=\"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/content\/uploads\/2025\/11\/DV_09-25_Gnaegi_FR-004-1024x619.png 1024w, https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/content\/uploads\/2025\/11\/DV_09-25_Gnaegi_FR-004-300x181.png 300w, https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/content\/uploads\/2025\/11\/DV_09-25_Gnaegi_FR-004-768x464.png 768w, https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/content\/uploads\/2025\/11\/DV_09-25_Gnaegi_FR-004-1536x928.png 1536w, https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/content\/uploads\/2025\/11\/DV_09-25_Gnaegi_FR-004.png 1735w\" sizes=\"(max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a><\/p>\n<div class=\"diagram-legend\">Source: Service de renseignement de la Conf\u00e9d\u00e9ration \/ La Vie \u00e9conomique<\/div>\n<h2 class=\"text__graphic-title\">La vitesse, un facteur d\u00e9cisif<\/h2>\n<p>Les cyberacteurs \u00e9tatiques ne cessent de se perfectionner. Ils ont recours \u00e0 l\u2019intelligence artificielle pour automatiser leurs attaques, qu\u2019ils s\u2019en prennent \u00e0 des cha\u00eenes d\u2019approvisionnement ou utilisent des infrastructures suisses pour s\u2019attaquer \u00e0 des \u00c9tats tiers. Se d\u00e9pla\u00e7ant avec rapidit\u00e9 sur les r\u00e9seaux, ils volent des donn\u00e9es avant d\u2019effacer leurs traces. En mati\u00e8re de cyberattaque, chaque seconde est pr\u00e9cieuse: quiconque n\u2019agit pas imm\u00e9diatement risque de perdre le contr\u00f4le de la situation.<\/p>\n<p>L\u2019affaire du laboratoire de Spiez montre que le SRC dispose des capacit\u00e9s n\u00e9cessaires pour \u00e9riger une cyberd\u00e9fense efficace. N\u00e9anmoins, sa libert\u00e9 d\u2019action est souvent entrav\u00e9e par des proc\u00e9dures laborieuses. Ainsi, des mesures particuli\u00e8rement interventionnistes, comme l\u2019intrusion dans des syst\u00e8mes informatiques, requi\u00e8rent l\u2019autorisation du Tribunal administratif f\u00e9d\u00e9ral et l\u2019aval du chef du D\u00e9partement f\u00e9d\u00e9ral de la d\u00e9fense, de la protection de la population et du sport apr\u00e8s consultation des autres d\u00e9partements. Cette proc\u00e9dure d\u2019autorisation des \u00abmesures de recherche soumises \u00e0 autorisation\u00bb peut durer plusieurs semaines, soit une \u00e9ternit\u00e9 au vu du rythme des cyberattaques actuelles.<\/p>\n<p>C\u2019est dans ce contexte que s\u2019inscrit la r\u00e9vision en cours de la loi sur le renseignement (LRens), dont la deuxi\u00e8me partie vise \u00e0 renforcer le dispositif de protection de la Suisse face aux cybermenaces croissantes. La nouvelle loi permettra au SRC d\u2019agir plus rapidement lorsqu\u2019il existe des indices concrets laissant supposer que des acteurs \u00e9trangers exploitent de mani\u00e8re abusive des syst\u00e8mes informatiques situ\u00e9s en Suisse, compromettant la cybers\u00e9curit\u00e9 du pays. Cette proc\u00e9dure acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e d\u2019acquisition de cyberdonn\u00e9es continuerait toutefois d\u2019\u00eatre soumise au contr\u00f4le ind\u00e9pendant du Tribunal administratif f\u00e9d\u00e9ral. La r\u00e9vision de la LRens a pour but de doter le SRC des instruments dont il a besoin pour accomplir sa mission: prot\u00e9ger la Suisse contre les cybermenaces \u00e9manant d\u2019\u00c9tats \u00e9trangers.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Salisbury (Angleterre), le 4\u00a0mars 2018: deux personnes inconscientes gisent sur un banc dans un parc. On soup\u00e7onne qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 empoisonn\u00e9es. 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