{"id":220302,"date":"2026-06-01T07:00:23","date_gmt":"2026-06-01T05:00:23","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/?p=220302"},"modified":"2026-06-01T16:42:02","modified_gmt":"2026-06-01T14:42:02","slug":"en-suisse-linnovation-de-rupture-est-rare","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2026\/06\/en-suisse-linnovation-de-rupture-est-rare\/","title":{"rendered":"En Suisse, l\u2019innovation de rupture est rare"},"content":{"rendered":"<p>La Suisse a longtemps \u00e9t\u00e9 pionni\u00e8re dans la r\u00e9assurance ou dans le traitement des fractures osseuses. De nos jours, lorsqu\u2019on demande \u00e0 une dirigeante ou un dirigeant suisse quelle a \u00e9t\u00e9 la principale innovation de son entreprise durant l\u2019ann\u00e9e \u00e9coul\u00e9e, sa r\u00e9ponse est souvent d\u00e9cevante: aucune nouveaut\u00e9 sur le march\u00e9, aucun changement de paradigme, mais juste une modeste am\u00e9lioration apport\u00e9e \u00e0 un produit existant, en somme, une \u00e9tape suppl\u00e9mentaire sur un chemin d\u00e9j\u00e0 balis\u00e9.<\/p>\n<p>Tel est le r\u00e9sultat auquel parvient une enqu\u00eate consacr\u00e9e aux activit\u00e9s d\u2019innovation en Suisse. R\u00e9alis\u00e9e \u00e0 la demande du Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat \u00e0 la formation, \u00e0 la recherche et \u00e0 l\u2019innovation (Sefri), elle a port\u00e9 sur plus de 1100\u00a0entreprises issues des secteurs de l\u2019industrie pharmaceutique et chimique, des technologies de l\u2019information et de la communication (TIC), des technologies m\u00e9dicales, de la m\u00e9tallurgie, de l\u2019\u00e9lectronique et des machines (MEM), des denr\u00e9es alimentaires et de la finance<a href=\"#footnote_1\" id=\"footnote-anchor_1\" class=\"inline-footnote__anchor\">[1]<\/a>.<\/p>\n<h2 class=\"text__graphic-title\">De nombreuses avanc\u00e9es mineures plut\u00f4t que de grandes nouveaut\u00e9s<\/h2>\n<p>On observe la m\u00eame \u00e9volution rampante dans presque toutes les branches \u00e9tudi\u00e9es: l\u2019innovation consiste de plus en plus souvent en de petites am\u00e9liorations, les entreprises adaptant l\u00e9g\u00e8rement leurs produits, leurs processus ou leurs mod\u00e8les d\u2019affaires existants au lieu de concevoir des solutions in\u00e9dites. Dans le secteur MEM, un pilier de l\u2019industrie exportatrice suisse bas\u00e9e sur la technologie, l\u2019innovation incr\u00e9mentale domine dans plus de la moiti\u00e9 des entreprises interrog\u00e9es. M\u00eame dans le secteur de la chimie et de la pharmacie, dont l\u2019innovation constitue traditionnellement une force et qui investit beaucoup dans la recherche et le d\u00e9veloppement<a href=\"#footnote_2\" id=\"footnote-anchor_2\" class=\"inline-footnote__anchor\">[2]<\/a>, les innovations radicales restent rares.<\/p>\n<p>La recherche parle \u00e0 ce sujet de \u00abd\u00e9pendance au sentier<a href=\"#footnote_3\" id=\"footnote-anchor_3\" class=\"inline-footnote__anchor\">[3]<\/a>\u00bb: les entreprises restent fid\u00e8les aux technologies dans lesquelles elles ont beaucoup investi. Elles int\u00e8grent les nouveaux d\u00e9fis, qu\u2019il s\u2019agisse de la num\u00e9risation ou de directives r\u00e9glementaires, dans leurs structures existantes plut\u00f4t que de remettre ces derni\u00e8res en question. Ce comportement rationnel \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des entreprise se traduit au niveau national par un recul des grandes perc\u00e9es technologiques.<\/p>\n<h2 class=\"text__graphic-title\">Quatre facteurs freinent la Suisse<\/h2>\n<p>L\u2019\u00e9tude identifie quatre facteurs qui freinent particuli\u00e8rement les innovations radicales en Suisse et ont tendance \u00e0 s\u2019amplifier. Premi\u00e8rement, presque tous les secteurs consid\u00e8rent que la r\u00e9glementation constitue un obstacle. Les entreprises des secteurs de la pharmacie, des technologies m\u00e9dicales et de la finance indiquent que la forte pression li\u00e9e aux exigences de conformit\u00e9 les pousse vers des adaptations incr\u00e9mentales peu risqu\u00e9es. Une part importante d\u2019entre elles explique ainsi privil\u00e9gier des innovations moins radicales en raison de l\u2019augmentation des exigences r\u00e9glementaires. Les r\u00e8gles en vigueur sur diff\u00e9rents march\u00e9s, ainsi que l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 juridique \u00e9lev\u00e9e en mati\u00e8re d\u2019innovation, rendent les projets novateurs ambitieux plus co\u00fbteux, voire les privent de tout attrait. La Suisse dispose certes d\u2019un cadre r\u00e9glementaire national stable, mais celui-ci est tr\u00e8s morcel\u00e9 dans de nombreux domaines: les r\u00e9glementations varient par exemple d\u2019un canton \u00e0 l\u2019autre dans les secteurs hospitalier, de l\u2019\u00e9ducation ou des infrastructures (routes, \u00e9nergie, eau\/assainissement). \u00c0 cela s\u2019ajoutent la complexit\u00e9 et l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 des conditions-cadres internationales auxquelles les entreprises exportatrices suisses ne peuvent se soustraire.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, le manque de financement draine les talents et les id\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. \u00c0 divers stades de leur d\u00e9veloppement, les jeunes pousses sont ainsi confront\u00e9es \u00e0 des probl\u00e8mes de financement qui les incitent \u00e0 s\u2019installer dans des pays leur offrant un soutien plus important en mati\u00e8re de recherche et d\u00e9veloppement (R&amp;D), une main-d\u2019\u0153uvre suffisamment qualifi\u00e9e ainsi qu\u2019un meilleur acc\u00e8s au capital-risque et \u00e0 de grands march\u00e9s. Ces d\u00e9savantages en termes de financement ne sont pas toujours compens\u00e9s par la charge fiscale relativement basse, les infrastructures de haute qualit\u00e9 et le niveau de formation \u00e9lev\u00e9 de la main-d\u2019\u0153uvre en Suisse.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, certaines entreprises suisses finissent par se r\u00e9signer \u00e0 un faible dynamisme en mati\u00e8re d\u2019innovation. Percevant moins les changements technologiques dans leur secteur que les entreprises innovantes, elles estiment moins souvent que ces derni\u00e8res que leur client\u00e8le est en qu\u00eate de nouvelles solutions (voir <em>graphique<\/em>) et ont par cons\u00e9quent davantage tendance \u00e0 consid\u00e9rer l\u2019innovation comme peu rentable. Si elle s\u2019installe dans la dur\u00e9e, cette aversion au changement peut fortement freiner la dynamique de croissance.<\/p>\n<p>Quatri\u00e8mement, le retard num\u00e9rique freine l\u2019innovation. Les grandes entreprises des secteurs informatique, financier et pharmaceutique disposant d\u2019une activit\u00e9 de recherche misent fortement sur les applications bas\u00e9es sur les donn\u00e9es. Elles recourent notamment \u00e0 la reconnaissance de formes (<em>pattern recognition<\/em>) pour d\u00e9tecter les transactions financi\u00e8res frauduleuses, \u00e0 la mod\u00e9lisation pr\u00e9dictive pour anticiper les co\u00fbts des services informatiques ou la demande de la client\u00e8le, ou encore \u00e0 un jumeau num\u00e9rique pour simuler et planifier leurs processus. Nombre de PME sont \u00e0 la tra\u00eene dans ce domaine, faute de ressources suffisantes et de connaissances en mati\u00e8re de transformation num\u00e9rique.<\/p>\n<h2 class=\"text__graphic-title\">Les entreprises qui investissent dans la recherche ont une perception plus dynamique de leur environnement que les entreprises qui n\u2019innovent pas (2024\/20025)<\/h2>\n<h6 class=\"copy-small-bold\">GRAPHIQUE INTERACTIF<\/h6>\n<div class=\"chart chart--normal\" id=\"BARJAK-FORAJ-WOERTER_06-2026_FR\"><\/div>\n\n<script>\n$(function () {\n    $('#BARJAK-FORAJ-WOERTER_06-2026_FR').highcharts({\n\n        chart: {\n            type: 'bar'\n        },\n\n        colors: [\n            \"#5a7298\",\n            \"#f07c2c\",\n            \"#66b6bc\",\n            \"#fbc65f\",\n            \"#8a2a1d\",\n            \"#2d5b52\"\n        ],\n\n        title: {\n            text: ''\n        },\n\n        xAxis: {\n            categories: [\n                'Entreprises innovant sans R&D',\n                'Entreprises innovant avec R&D',\n                'Entreprises n\u2019innovant pas'\n            ]\n        },\n\n        yAxis: {\n            title: {\n                text: 'Poids factoriel moyen'\n            }\n        },\n\n        tooltip: {\n            headerFormat: '<b>{point.x}<\/b><br>',\n            pointFormat: '{series.name}: {point.y:.3f}'\n        },\n\n        plotOptions: {\n            bar: {\n                grouping: true\n            }\n        },\n\n        series: [{\n            name: 'Dynamisme technologique',\n            data: [0.041, 0.415, -1.910]\n        }, {\n            name: 'Intensit\u00e9 concurrentielle',\n            data: [0.122, -0.132, 0.093]\n        }, {\n            name: 'Dynamique des besoins de la client\u00e8le',\n            data: [0.084, 0.078, -0.820]\n        }]\n\n    });\n});\n<\/script>\n<div class=\"diagram-legend\">Remarque: le \u00abpoids factoriel moyen\u00bb indique si les entreprises per\u00e7oivent les changements dans leur environnement de mani\u00e8re plus ou moins marqu\u00e9e que la moyenne. Le \u00abdynamisme technologique\u00bb d\u00e9crit la mani\u00e8re dont les entreprises per\u00e7oivent les \u00e9volutions technologiques dans leur secteur. L&#8217;\u00abintensit\u00e9 de la concurrence\u00bb mesure l\u2019intensit\u00e9 avec laquelle les entreprises per\u00e7oivent la concurrence sur les prix dans leur secteur. La \u00abdynamique des besoins de la client\u00e8le\u00bb rend compte des attentes de la client\u00e8le concernant l\u2019ampleur et la fr\u00e9quence des changements, du point de vue des entreprises.<\/div>\n<div class=\"diagram-legend\">Source: Barjak <em>et al.<\/em> (2026) | Graphique: La Vie \u00e9conomique<\/div>\n<h2 class=\"text__graphic-title\">Le hiatus politique<\/h2>\n<p>La politique de la Suisse en mati\u00e8re d\u2019innovation mise fortement sur la coop\u00e9ration entre science et industrie, une approche qui fonctionne bien dans les secteurs de la chimie et de la pharmacie, des TIC et de la production de haute technologie. Dans la finance, en revanche, les entreprises coop\u00e8rent surtout avec des fournisseurs de technologie plut\u00f4t qu\u2019avec les universit\u00e9s, tandis que les entreprises du secteur alimentaire, ainsi que de nombreuses petites entreprises de technologies m\u00e9dicales, innovent largement sans recourir \u00e0 la R&amp;D. Par ailleurs, nombre d\u2019entreprises restent \u00e0 l\u2019\u00e9cart du syst\u00e8me d\u2019innovation soutenu par l\u2019\u00c9tat: selon la derni\u00e8re enqu\u00eate sur l\u2019innovation, seules 11,6% des entreprises innovantes en Suisse b\u00e9n\u00e9ficient de ce soutien<a href=\"#footnote_4\" id=\"footnote-anchor_4\" class=\"inline-footnote__anchor\">[4]<\/a>. Les entreprises connaissent \u00e9tonnamment mal les instruments publics d\u2019encouragement, les comp\u00e9tences de recherche disponibles et les partenaires potentiels. Cette coop\u00e9ration reste donc sous-exploit\u00e9e, en particulier par les PME, alors qu\u2019elle pourrait \u00eatre un puissant moteur d\u2019innovation.<\/p>\n<p>Ces r\u00e9sultats ne signifient pas pour autant que la Suisse est menac\u00e9e par une crise imminente: les secteurs cl\u00e9s demeurent comp\u00e9titifs et les entreprises qui investissent dans la R&amp;D font preuve de r\u00e9silience. Il faut n\u00e9anmoins prendre au s\u00e9rieux le fait que l\u2019innovation se d\u00e9ploie de plus en plus par petites touches. Si elle veut redresser le cap, la Suisse doit tenir compte des freins \u00e0 l\u2019innovation d\u00e9crits pr\u00e9c\u00e9demment.<a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><\/a><\/p>\n<ol class=\"footnote\"><li id=\"footnote_1\" class=\"footnote--item\">Voir Barjak F. <em>et al.<\/em> (2026).&nbsp;<a href=\"#footnote-anchor_1\" class=\"inline-footnote__anchor hidden-print\">[<span class=\"icon-arrow-up\"><\/span>]<\/a><\/li><li id=\"footnote_2\" class=\"footnote--item\">Voir Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique (2025).&nbsp;<a href=\"#footnote-anchor_2\" class=\"inline-footnote__anchor hidden-print\">[<span class=\"icon-arrow-up\"><\/span>]<\/a><\/li><li id=\"footnote_3\" class=\"footnote--item\">Voir Barnes <em>et al.<\/em> (2004) et David (1985).&nbsp;<a href=\"#footnote-anchor_3\" class=\"inline-footnote__anchor hidden-print\">[<span class=\"icon-arrow-up\"><\/span>]<\/a><\/li><li id=\"footnote_4\" class=\"footnote--item\">Voir Spescha <em>et al.<\/em> (2025).&nbsp;<a href=\"#footnote-anchor_4\" class=\"inline-footnote__anchor hidden-print\">[<span class=\"icon-arrow-up\"><\/span>]<\/a><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Suisse a longtemps \u00e9t\u00e9 pionni\u00e8re dans la r\u00e9assurance ou dans le traitement des fractures osseuses. 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Journal of Economic Issues, 38(2), 371-377.<\/li>\r\n \t<li class=\"content-copy\">David P. A. (1985). Clio and the Economics of QWERTY. American Economic Review, 75(2), 332-337.<\/li>\r\n \t<li class=\"content-copy\">Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique (OFS) (2025). <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.71668\/qdr9-sc23\">Recherche et d\u00e9veloppement en Suisse 2023. Finances et personnel<\/a>.<\/li>\r\n \t<li class=\"content-copy\">Spescha A., Tran S. et W\u00f6rter M. (2025). Innovation und Digitalisierung in der Schweizer Privatwirtschaft \u2013 Ergebnisse der Innovationserhebung 2023. KOF Studies (vol.\u00a0182). 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