Pourquoi les mères gagnent moins que les pères
Le même terrain, mais un temps de jeu différent: le temps de travail des mères est en moyenne nettement inférieur à celui des pères, ce qui explique en grande partie l’écart de salaire entre les premières et les seconds. (Image: Keystone)
De nombreux parents ont bien des difficultés à concilier vie familiale et vie professionnelle. Ce problème est souvent lié aux questions d’égalité entre les femmes et les hommes, car la répartition de toutes les tâches en lien avec les enfants conditionne notamment l’égalité des chances entre la mère et le père en matière de carrière et de revenus.
L’écart de rémunération entre les hommes et les femmes vs. GOEG
L’Office fédéral de la statistique (OFS) calcule tous les deux ans l’écart salarial entre les femmes et les hommes (gender pay gap) qui met en évidence les différences de salaires entre les sexes[1]. Étant souvent utilisé pour analyser l’ampleur des différences salariales entre les femmes et les hommes pour un travail comparable, cet indicateur se concentre sur les personnes actives et extrapole les salaires perçus à un emploi à plein temps. En revanche, il ne prend pas en considération deux aspects: la réduction du temps de travail de nombreuses femmes après la naissance d’un enfant, voire leur sortie du marché du travail.
En prenant en compte l’ensemble des femmes et des hommes, qu’ils exercent ou non une activité professionnelle, l’écart global de revenus du travail (gender overall earnings gap, GOEG) vient combler cette lacune, sans compter qu’il compare les revenus du travail réels sans les extrapoler à un emploi à plein temps.
L’OFS a calculé pour la première fois en 2025 l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes en se concentrant spécifiquement sur les parents[2]. À l’avenir, ce calcul fera partie des analyses standards réalisées dans le cadre de l’étude des écarts salariaux entre les sexes. Par ailleurs, l’OFS calcule le GOEG pour la Suisse depuis 2022, mais celui-ci ne distingue pas les parents des autres personnes[3].
L’écart global de revenus du travail entre les mères et les pères
Une analyse menée par l’institut KOF évalue pour la première fois l’écart global de revenus du travail entre les mères et les pères, qu’elle compare à celui existant entre les femmes et les hommes.
L’analyse, qui englobe l’ensemble des femmes et des hommes âgés de 18 ans à 64 ans qui vivent en Suisse (les données datent de 2022), considère comme mères et pères les adultes vivant dans le même foyer qu’une ou plusieurs personnes mineures. Les données relatives aux revenus générés par une activité lucrative sont extraites des registres AVS. L’écart de rémunération entre les sexes est calculé à partir des données issues de l’Enquête suisse sur la structure des salaires (ESS) de l’OFS, qui recense les salaires mensuels bruts standardisés pour un emploi à plein temps. L’analyse porte sur un million de mères et un million de pères environ.
Selon le GOEG, les mères gagnent 4000 francs de moins par mois que les pères (2022)
GRAPHIQUE INTERACTIF
Source: calculs de l’auteur sur la base de Statpop, des données des registres AVS et de l’Enquête suisse sur la structure des salaires | Graphique: La Vie économique
Si l’on considère l’écart salarial entre les femmes et les hommes parmi les personnes actives et que l’on extrapole les salaires à un plein temps, les mères gagnent 7202 francs par mois pour un emploi à plein temps, tandis que les pères perçoivent 8971 francs, soit un écart de 19,7% (voir graphique)[4]. Les analyses portant sur l’égalité salariale décomposent généralement cet écart salarial en une partie expliquée, qui repose sur des facteurs tels que la formation, la situation professionnelle ou le secteur d’activité, et une partie inexpliquée.
Le GOEG met en évidence un écart salarial beaucoup plus important: selon cet indicateur, le revenu professionnel des pères s’élève à 7497 francs par mois, tandis que celui des mères n’atteint que 3405 francs, soit un écart annuel de 49 000 francs environ. L’écart global de revenus du travail entre les sexes s’élève donc à 54,6%. En d’autres termes, les mères gagnent 54,6% de moins que le revenu annuel type d’un père. À l’échelle de l’ensemble de la population suisse, l’écart salarial entre les femmes et les hommes atteint environ 40%.
Le rôle déterminant du taux d’occupation
Si l’on compare l’écart salarial entre les femmes et les hommes et le GOEG, on constate que l’écart salarial lié au genre explique environ un tiers de l’écart global de revenu total entre les mères et les pères (19,7% des 54,6%). Les deux tiers restants sont en lien avec l’activité professionnelle des femmes et leur temps de travail.
Les mères exercent moins souvent une activité professionnelle que les pères (82% contre 93%). L’écart est encore plus marqué s’agissant du temps de travail: les pères travaillent généralement 41 heures par semaine, contre 25,2 heures pour les mères. Une analyse simple montre que ce sont principalement ces différences de taux d’occupation qui ont une influence sur le GOEG.
L’importance de l’activité professionnelle et du taux d’occupation se reflète également dans les valeurs absolues relatives aux revenus qui sont utilisées pour calculer les deux indicateurs. Étant donné que la quasi-totalité des pères exercent une activité professionnelle à plein temps, leur revenu retenu pour mesurer l’écart salarial entre les sexes ne diffère que très légèrement de celui utilisé pour calculer le GOEG. Ce n’est en revanche pas le cas du revenu médian des mères qui diminue de plus de la moitié, passant de 7202 francs à 3405 francs par mois.
Un recul depuis 2012, mais pas uniquement chez les parents
Comment les écarts de revenu ont-ils évolué au fil du temps? Les données disponibles, qui permettent de calculer le GOEG spécifiquement pour les parents à partir de 2012, montrent que les écarts de revenu ont globalement diminué: alors qu’en 2012, les mères gagnaient encore 65,5% de moins que les pères, l’écart salarial s’élevait à 54,6% en 2022, soit un recul de 10,9 points de pourcentage.
Toutefois, le GOEG a également diminué au cours de la même période dans les ménages ne comptant pas de personnes mineures: il est passé de 35,5% en 2012 à 28,9% en 2022, soit une baisse de 6,6 points de pourcentage. L’évolution parallèle de ces deux indicateurs suggère que la réduction des écarts de revenu entre les parents ne s’explique pas seulement par une meilleure conciliation entre vie familiale et vie professionnelle, mais qu’elle reflète également, en partie, une évolution plus générale du marché du travail.
Le GOEG met en évidence une répartition des tâches familiales et professionnelles entre les mères et les pères très marquée en Suisse. Étant donné la forte participation des mères au marché du travail, l’écart salarial entre les mères et les pères s’explique principalement par le fait que les premières exercent plus souvent une activité à temps partiel que les seconds. Des travaux récents menés en économie montrent que les écarts de revenus entre les mères et les pères dépendent fortement du cadre, tel que l’offre et le coût des solutions de garde extra-familiales et les normes sociales. Une étude réalisée récemment en Suisse montre par ailleurs que de nombreuses mères sous-estiment les conséquences financières à long terme du travail à temps partiel, notamment en termes d’évolution de salaire et de montant de leur rente[5].
- Voir Conseil fédéral (2025). []
- Voir Conseil fédéral (2025). []
- Voir OFS (2022). []
- L’Office fédéral de la statistique estime lui aussi que l’écart salarial entre les hommes et les femmes atteint 19,7% parmi les parents, mais uniquement pour les personnes de nationalité suisse; voir Conseil fédéral (2025). []
- Voir Kleven et al. (2019, 2025); Olivetti et al. (2024); Costa-Ramón et al. (2026). []
Bibliographie
- Conseil fédéral (2025). Analyser en détail les causes de l’écart salarial entre hommes et femmes en fonction de l’état civil pour toutes les tranches d’âge. Rapport du Conseil fédéral donnant suite au postulat 22.4500 Dobler du 16.12.2022. Berne, 27 août.
- Costa-Ramón A. et al. (2026). (Not) Thinking About the Future: Financial Information and Maternal Labor Supply. The Quarterly Journal of Economics, 141(2), 1335-1382.
- Kleven H., Landais C. et Leite-Mariante G. (2025). The child penalty atlas. Review of Economic Studies, 92(5), 3174-3207.
- Kleven H., Landais C et Søgaard J. E. (2019). Children and gender inequality: Evidence from Denmark. American Economic Journal: Applied Economics, 11(4), 181-209.
- Office fédéral de la statistique (2022). Inégalité salariale entre les femmes et les hommes. Saisir l’écart global de revenu du travail et d’autres indicateurs.
- Olivetti C., Pan J. et Petrongolo B. (2024). The evolution of gender in the labor market. Handbook of Labor Economics, 5, 619-677.
Bibliographie
- Conseil fédéral (2025). Analyser en détail les causes de l’écart salarial entre hommes et femmes en fonction de l’état civil pour toutes les tranches d’âge. Rapport du Conseil fédéral donnant suite au postulat 22.4500 Dobler du 16.12.2022. Berne, 27 août.
- Costa-Ramón A. et al. (2026). (Not) Thinking About the Future: Financial Information and Maternal Labor Supply. The Quarterly Journal of Economics, 141(2), 1335-1382.
- Kleven H., Landais C. et Leite-Mariante G. (2025). The child penalty atlas. Review of Economic Studies, 92(5), 3174-3207.
- Kleven H., Landais C et Søgaard J. E. (2019). Children and gender inequality: Evidence from Denmark. American Economic Journal: Applied Economics, 11(4), 181-209.
- Office fédéral de la statistique (2022). Inégalité salariale entre les femmes et les hommes. Saisir l’écart global de revenu du travail et d’autres indicateurs.
- Olivetti C., Pan J. et Petrongolo B. (2024). The evolution of gender in the labor market. Handbook of Labor Economics, 5, 619-677.
Proposition de citation: Bamert, Justus (2026). Pourquoi les mères gagnent moins que les pères. La Vie économique, 27 août.