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Moins de rémunérations de misère grâce aux salaires minimums

David Gallusser, secrétaire central de l’Union syndicale suisse (USS), Berne

Lorsque les employeurs ne versent pas de salaires suffisant pour vivre, ce sont d’autres qui en font les frais, en premier lieu les salariés directement concernés, notamment les serveuses, les vendeurs, le personnel de nettoyage et les coiffeuses. Tous doivent se priver de nombreuses choses, sont marginalisés socialement et ne reçoivent que peu de reconnaissance pour leur travail souvent pénible.

Leurs familles en paient le prix elles aussi car elles vivent dans la pauvreté ou doivent compenser les salaires insuffisants de leurs proches. Enfin, la collectivité est également mise à contribution par le biais de l’aide sociale, des subsides de primes d’assurance-maladie et, plus tard, des prestations complémentaires.

Il n’est pas acceptable que les employeurs profitent de la situation tandis que tous les autres en assument les coûts. Ils doivent verser des salaires qui permettent de vivre. Or, trop nombreux sont ceux qui abusent de leur position de force pour maintenir les salaires à un bas niveau.

La situation est particulièrement préoccupante dans le secteur de l’hôtellerie-restauration, où certains restaurateurs persistent à miser sur des salaires de misère plutôt que sur des modèles d’affaires solides. Depuis des années, ils refusent toute hausse réelle des salaires et ont lancé une offensive contre les salaires minimums cantonaux et communaux, tels qu’ils existent déjà dans les cantons de Neuchâtel et de Genève ou ont été approuvés par la population dans les villes de Zurich et de Winterthour. Malheureusement, le Parlement fédéral a accédé à leur demande, décidant que les salaires minimums locaux ne pourraient plus s’appliquer dans les secteurs à bas salaires telles que l’hôtellerie-restauration, le nettoyage ou la coiffure. 

Le salaire reste le principal levier de prévention de la pauvreté des personnes actives.

Les salaires minimums sont pourtant un succès. Partout où ils ont été mis en place, on observe généralement un recul des salaires de misère sans augmentation du chômage. C’est ce que confirme non seulement une grande partie de la littérature scientifique, mais aussi la réalité sur le terrain: à Genève, le salaire minimum a permis d’améliorer la rémunération d’environ 15 000 personnes, les bas salaires ayant augmenté de 15% en moyenne depuis son introduction en 2020. Des études récentes montrent en outre qu’en plus des salaires des personnes, les salaires minimums améliorent aussi ceux des ménages disposant de bas revenus.

Il va sans dire qu’un salaire minimum de 24,59 francs de l’heure, comme à Genève, ne suffit pas à assurer un revenu suffisant à un père célibataire qui travaille à temps partiel. Les salaires minimums ne se substituent aux autres mesures de lutte contre la pauvreté: il faut davantage de subsides de primes, de places en crèche à des prix abordables et une aide sociale suffisante.

Le salaire reste le principal levier de prévention de la pauvreté des personnes actives. C’est pourquoi nous exigeons que toute personne travaillant à plein temps en Suisse perçoive au moins 4500 francs par mois. Une personne ayant achevé un apprentissage ne devrait pas gagner moins de 5000 francs pour le même taux d’occupation. Pour y parvenir, il faut d’abord que le peuple rejette l’offensive menée par les employeurs et le Parlement contre les salaires minimums. Il faudra ensuite instaurer d’autres salaires minimums au niveau cantonal et communal. Enfin, les employeurs des secteurs affichant de bas salaires doivent assumer leurs responsabilités en s’engageant en faveur de meilleurs salaires minimums dans les conventions collectives de travail.

Proposition de citation: Gallusser, David (2026). Moins de rémunérations de misère grâce aux salaires minimums. La Vie économique, 06 octobre.