Quel est l’impact des héritages sur l’offre de main-d’œuvre?
Éclairage de Marius Brülhart, Université de Lausanne
Les personnes qui touchent un héritage ou gagnent à la loterie réduisent leur activité professionnelle. (Image: Keystone)
En nous appuyant sur les données fiscales anonymisées du canton de Berne, nous avons étudié le parcours professionnel de 135 000 personnes ayant hérité une somme supérieure à 10 000 francs. Les résultats sont sans équivoque: plus l’héritage est important, plus les revenus d’activité lucrative – qui constituent notre indicateur de l’offre de travail – diminuent. Cet effet est particulièrement marqué chez les personnes âgées de plus de 50 ans qui sont nombreuses à financer leur retraite anticipée grâce à un héritage.
Les données bernoises nous ont permis d’examiner la situation d’environ 5000 personnes ayant gagné plus de 10 000 francs à la loterie. Nous constatons que ces gagnantes et gagnants réduisent encore davantage leur offre de travail que les personnes ayant hérité de fortunes comparables. Cette différence s’explique principalement par le caractère inattendu d’un gain important à la loterie. Les héritiers réduisent parfois leur activité professionnelle avant même d’avoir reçu leur patrimoine, ce qui explique pourquoi l’effet est moins marqué au moment de l’héritage.
Lors de notre étude, nous nous sommes demandé comment évoluerait la performance économique de la Suisse s’il n’y avait plus d’héritage, toutes choses étant égales par ailleurs. Notre modèle de calcul montre que, dans la situation que nous avons imaginée, le travail salarié augmenterait de 1,7%, ce qui entraînerait une hausse du PIB de 1,1%. L’héritage est donc un facteur déterminant pour l’offre globale de main-d’œuvre, mais d’autres facteurs jouent probablement un rôle bien plus important.
En 1990, chaque franc hérité en Suisse était soumis à un impôt sur les successions de 4,6 centimes en moyenne, alors qu’aujourd’hui, ce montant est fixé à 1,5 centime.
Le niveau des salaires reste sans doute le plus important d’entre eux: plus la rémunération du travail est élevée, plus les personnes sont disposées à travailler. En revanche, les impôts et les prélèvements sur les revenus salariaux limitent l’offre de travail.
Selon notre estimation, 100 milliards de francs (près de 12% du PIB) ont été transférés sous forme d’héritage et de donation en 2025, tandis que ce montant ne s’élevait qu’à 32 milliards de francs en 2000, soit un peu moins de 7% du PIB. Le poids économique des héritages augmente donc fortement en Suisse.
En 1990, chaque franc hérité en Suisse était soumis à un impôt sur les successions de 4,6 centimes en moyenne, alors qu’aujourd’hui, ce montant est fixé à 1,5 centime, tandis que les prélèvements sur les salaires et les taxes sur la consommation ont augmenté. D’un point de vue économique, cette évolution me paraît difficile à justifier, notamment parce que, contrairement à la plupart des autres impôts, les impôts successoraux génèrent des incitations positives au travail.
Propos recueillis par «La Vie économique»
Proposition de citation: Éclairage de Marius Brülhart, Université de Lausanne (2026). Quel est l’impact des héritages sur l’offre de main-d’œuvre? La Vie économique, 24 mars.

Marius Brülhart est professeur d’économie politique à l’Université de Lausanne