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La réduction de l’horaire de travail a stabilisé les revenus du travail pendant la pandémie

Pendant la pandémie de coronavirus, le recours à la réduction de l’horaire de travail (RHT) a permis d’éviter une hausse du chômage et des suppressions d’emplois sur le long terme. Par ailleurs, les pertes de revenus ont été moins importantes pour le personnel des entreprises dont la demande de RHT a été approuvée.
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La réduction de l’horaire de travail a permis de préserver des emplois durant la pandémie de coronavirus. La Confédération a consacré à ce dispositif le montant total de 16 milliards de francs. (Image: Keystone )

Pendant la pandémie de Covid-19, la Confédération a recouru massivement à l’indemnité en cas de réduction de l’horaire de travail (RHT) afin d’atténuer les baisses de chiffre d’affaires des entreprises, de préserver les emplois et de limiter les pertes de revenus des personnes salariées. Celles et ceux qui ont été concernés par ce dispositif ont certes travaillé moins, mais ils ont pu conserver leur emploi. Les entreprises ont versé les salaires dus pour les heures travaillées, tandis que l’assurance-chômage a pris en charge 80% du salaire perdu du fait de la réduction du temps de travail. Au cours des premiers mois de la pandémie en 2020, la RHT a concerné par moments jusqu’à 1,3 million de personnes salariées, soit un quart de la population active en Suisse, et la Confédération lui a consacré plus de 16 milliards de francs durant toute la crise sanitaire.

Ces chiffres soulèvent la question de l’efficacité de la RHT pendant la pandémie: le dispositif a-t-il permis d’éviter des licenciements et son rapport coûts-avantages a-t-il été favorable? La RHT n’est pas la panacée: elle présente notamment un risque d’effets d’aubaine, dans la mesure où les fonds publics peuvent soutenir des emplois qui auraient été préservés même sans cette aide. Elle peut aussi freiner les mutations structurelles lorsqu’elle maintient trop longtemps en place des emplois ou des entreprises peu productifs.

C’est dans ce contexte qu’une nouvelle étude commandée par le Secrétariat d’État à l’économie (Seco) a évalué l’efficacité de la RHT pendant la pandémie de coronavirus[1], en s’appuyant sur des données exhaustives relatives aux demandes de RHT, au chômage et aux revenus soumis à l’AVS. Pour des raisons méthodologiques, l’étude s’est concentrée sur la deuxième vague de la pandémie, soit la période qui a commencé à l’automne 2020, durant laquelle environ 6 milliards de francs ont été alloués à la RHT.

Des licenciements évités à long terme

Les résultats de l’étude montrent que la RHT a permis d’éviter des licenciements, pendant la période de versement des indemnités, et au-delà. Durant la deuxième vague de la pandémie du coronavirus, on estime que l’octroi de 4 indemnités liées à la RHT s’est traduit par la préservation d’un emploi, pour un coût d’environ 33 500 francs par emploi sauvé. Comme la RHT contribue à éviter le chômage le chômage et les coûts liés à l’assurance-chômage, les dépenses pour l’État ont été ramenées à 26 400 francs par emploi préservé. En d’autres termes, environ 20 centimes d’indemnités de chômage ont été économisés pour chaque franc alloué à l’indemnité RHT.

Ces résultats corroborent largement ceux d’autres études consacrées à l’efficacité de la RHT en Suisse[2]. Pendant et après la crise financière et économique de 2008/2009, cette mesure s’est avérée encore plus efficace sur le plan fiscal: chaque franc versé au titre de la RHT avait permis d’économiser près d’un franc en indemnités de chômage. La moindre efficacité de la RHT durant la pandémie de coronavirus pourrait s’expliquer par le redressement rapide du marché du travail après la deuxième vague pandémique. Les personnes licenciées ont ainsi pu retrouver rapidement un emploi, ce qui a réduit d’autant les versements de l’assurance-chômage.

Stabilisation des revenus individuels

L’étude est l’une des premières à examiner l’effet de la RHT sur les revenus individuels et le parcours professionnel. Elle établit une comparaison entre les personnes travaillant au sein d’une entreprise dont la demande de RHT a été acceptée et celles travaillant dans des entreprises comparables, mais dont la demande a été rejetée. Cette comparaison est possible car, lors de la deuxième vague de la pandémie, les services cantonaux ont parfois apprécié différemment des demandes comparables.

Au moment de la demande, les salariés des entreprises dont la RHT a été approuvée gagnaient environ 6100 francs par mois en moyenne (voir graphique 1), tandis que ceux des entreprises ayant essuyé un refus percevaient environ 300 francs de moins. Cet écart était plus ou moins stable durant les trois années ayant précédé la demande. Une fois la RHT autorisée, on constate que le revenu du travail dans les entreprises concernées a légèrement baissé (d’environ 100 francs), avant d’augmenter dès la deuxième année suivant la demande. Les entreprises qui ont vu leur demande rejetée ont enregistré une baisse plus marquée: le revenu moyen est passé d’environ 5750 francs à 5400 francs et il est resté légèrement inférieur à son niveau initial, même deux années plus tard. La baisse de revenu a donc été moins importante et moins durable dans les entreprises ayant bénéficié de la RHT.

Graphique 1: Le personnel des entreprises dont la demande de RHT a été acceptée a perçu des revenus plus stables que celui des entreprises dont la demande a été rejetée (2011-2023)

GRAPHIQUE INTERACTIF
Source: Dibiasi et al. (2026) | Graphique: La Vie économique

Un risque de chômage réduit

Une analyse plus approfondie confirme ce constat, en allant même plus loin: l’autorisation de RHT contribue non seulement à stabiliser les revenus, mais aussi à réduire le risque encouru par les personnes employées de se retrouver au chômage (voir graphique 2). Au cours des deux années qui ont suivi la seconde vague de la pandémie à l’automne 2020, les personnes salariées concernées ont bénéficié d’un avantage financier équivalant à près d’un demi-salaire mensuel. Par la suite, les écarts entre les personnes salariées des entreprises dont la demande de RHT a été acceptée et celles des entreprises dont la demande a été rejetée se sont de nouveau largement résorbés.

Graphique 2: La RHT augmente le revenu trimestriel du travail à hauteur de 10% maximum du salaire mensuel (2020-2023)

GRAPHIQUE INTERACTIF
Interprétation: un effet estimé à 10% signifie que, au cours du trimestre concerné, la RHT a garanti un revenu correspondant à 10% d’un salaire mensuel.
Source: Dibiasi et al. (2026) | Graphique: La Vie économique

L’analyse rend également possible l’examen plus précis des coûts et avantages, lequel tient compte à la fois des coûts pour l’assurance-chômage et des avantages pour les personnes salariées. La RHT a pour principale utilité de stabiliser les revenus des bénéficiaires en leur évitant des périodes de chômage et de longues phases d’inactivité. Les coûts fiscaux nets qui en résultent, c’est-à-dire les coûts à plus long terme pour les pouvoirs publics, correspondent aux dépenses liées à la RHT moins les économies réalisées sur les indemnités de chômage.

Selon ce calcul, le rapport coûts-avantages s’établit à 0,71; en d’autres termes, l’avantage financier pour les bénéficiaires de l’indemnité en cas de RHT couvre environ 71% des coûts fiscaux nets. Concernant les cas de RHT antérieurs à la pandémie de coronavirus, l’étude estime en revanche que ce rapport s’élevait à environ 1,4.

Il ressort de l’analyse que l’indemnité en cas de RHT a effectivement stabilisé les revenus des bénéficiaires durant la pandémie, même si son rapport coûts-avantages a été moins favorable que pour les cas de RHT d’avant le coronavirus. Cela s’explique notamment par la reprise économique exceptionnellement rapide qui a suivi la pandémie. En outre, une valeur inférieure à 1 pourrait indiquer que l’indemnité en cas de RHT a en partie servi à soutenir des emplois dont on peut penser a posteriori qu’ils n’auraient pas été supprimés.

  1. Voir Dibiasi et al. (2026). []
  2. Voir Kopp et Siegenthaler (2017, 2021). []

Bibliographie

Bibliographie

Proposition de citation: Gurtner, Remo; Koller, Julian; Künzli, Geraldine; Siegenthaler, Michael (2026). La réduction de l’horaire de travail a stabilisé les revenus du travail pendant la pandémie. La Vie économique, 23 juin.