L’IA peut-elle faciliter la transmission d’entreprise?
Éclairage d'Andreas Lorenz, Haute école spécialisée du nord-ouest de la Suisse
Une réplique numérique de la personnalité de la dirigeante ou du dirigeant doit permettre d’éviter que les connaissances essentielles ne se perdent au moment de la succession. (Image: Keystone )
Beaucoup de PME se portent bien, mais toutes ne sont pas prêtes à être transmises: nous estimons ainsi qu’un tiers des successions d’entreprises pourraient échouer. La situation devient critique lorsque des connaissances essentielles sur l’entreprise ne peuvent pas être transférées car elles sont indissociables de la personne qui est à la tête de celle-ci.
Dans le cadre d’une étude subventionnée, nous développons une IA agentique capable de reproduire non seulement les connaissances propres à une PME, mais aussi l’expérience acquise par sa dirigeante ou son dirigeant au fil des années, c’est-à-dire son approche, les valeurs qui la ou le guident et ses convictions entrepreneuriales. L’objectif est d’offrir à la personne qui reprend la direction de l’entreprise un soutien concret dans la prise de décisions opérationnelles et stratégiques.
Les systèmes d’IA et la gestion des connaissances ne sont évidemment pas des remèdes miracles capables de résoudre d’un simple clic des processus de transmission complexes. Mais, s’ils sont bien conçus, ils ouvrent d’énormes perspectives. Notre solution d’IA agentique permet de sécuriser la phase critique du transfert de savoir-faire à la personne qui reprend la direction de l’entreprise.
En plus des tableaux, les grands modèles de langage sont aussi capables d’analyser des sources non structurées telles que des courriels, des contrats ou des procédures.
En plus des tableaux, les grands modèles de langage sont aussi capables d’analyser des sources non structurées telles que des courriels, des contrats ou des procédures. L’expérience utilisateur est en outre améliorée car l’interaction avec notre agent d’IA se fait en langage naturel et prend la forme d’une conversation.
Les grandes entreprises s’appuyent généralement sur des architectures zero trust, des plateformes d’IA d’entreprise et des solutions en nuage privé. Nous privilégions une architecture de sécurité plus rigoureuse: notre jumeau numérique fonctionne comme un modèle de langage local, qui une fois entraîné, fonctionne exclusivement sur du matériel d’entreprise sécurisé, sans aucune connexion au réseau externe.
Nous sommes au début d’une aventure passionnante. Nous menons actuellement une étude de faisabilité qui porte sur trois aspects. Premièrement, nous examinons comment notre IA répond à des demandes concrètes sur l’évolution de l’activité par rapport à des outils classiques d’analyse de données et de reporting. Cette première étape doit montrer dans quelle mesure l’IA peut agréger, évaluer et comparer de manière fiable des données de marché et d’exploitation.
Le deuxième aspect, le plus fascinant sur le plan scientifique, concerne notre agent d’IA interactif. Celui-ci mène en langage naturel des entretiens semi-structurés de plusieurs heures avec les dirigeantes et dirigeants d’entreprise qui s’apprêtent à passer la main. Sur la base de ces échanges, il établit ensuite un profil de personnalité complet, qui nous aide à documenter les connaissances implicites.
Troisièmement, nous vérifions dans quelle mesure notre architecture de sécurité répond aux exigences des PME. Si nos hypothèses se confirment, la prochaine étape consistera à développer une véritable solution logicielle pour des jumeaux numériques de responsables d’entreprises. Pour cette étape, Innosuisse, l’agence fédérale pour l’encouragement de l’innovation, continuera de nous apporter son soutien.
Propos recueillis par «La Vie économique»
Proposition de citation: Éclairage d'Andreas Lorenz, Haute école spécialisée du nord-ouest de la Suisse (2026). L’IA peut-elle faciliter la transmission d’entreprise? La Vie économique, 18 juin.
