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Agenda 2030: un bilan mitigé

Malgré les progrès réalisés, la Suisse n’atteindra pas ses objectifs de développement durable d’ici 2030. Le pays doit mieux utiliser les instruments existants et définir les bonnes priorités, tandis que, de leur côté, les entreprises sont sollicitées, elles aussi.
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Au siège des Nations Unies à New York, on peut lire en 2019 «#2030isnow». Malgré les progrès réalisés, la Suisse n’atteindra pas tous ses objectifs de développement durable d’ici 2030. (Image: EPA/UN PHOTO/Loey Philippe)

Onze années se sont écoulées depuis l’adoption, par la communauté internationale, de l’Agenda 2030 et de ses 17 objectifs de développement durable (ODD). Ce programme a favorisé l’émergence, à l’échelle mondiale, d’une vision et un langage communs dans le domaine du développement durable. Moins de quatre ans avant l’échéance de 2030, où en est la Suisse dans la mise en œuvre de ces objectifs?

Le quatrième rapport national sur la mise en œuvre de l’Agenda 2030, qui a été présenté par la Confédération en juillet 2026, fait état de progrès mais également de lacunes importantes. La Suisse a ainsi progressé dans les domaines des énergies renouvelables, de l’économie circulaire et de l’égalité entre les sexes, tandis qu’il lui reste encore beaucoup à faire en matière de consommation durable, de lutte contre le changement climatique, de biodiversité, de lutte contre la pauvreté et d’accès à un logement abordable.

La Suisse doit reconnaître sans complaisance que le rythme de mise en œuvre des ODD n’est pas assez rapide pour atteindre pleinement tous les objectifs d’ici 2030. Elle n’est toutefois pas la seule dans ce cas: selon le dernier rapport de l’ONU, 36% des cibles sont en voie d’être atteintes ou enregistrent des progrès modérés à travers le monde, tandis que seuls 15% des objectifs devraient être atteints à l’horizon 2030.

Agenda 2030: une progression très contrastée pour la Suisse

Domaine Indicateur clé Évolution Interprétation
Consommation de ressources Empreinte matérielle par personne: 15 tonnes en 2023 –26,1% depuis 2000 Évolution positive, la consommation de matières premières en Suisse demeure cependant élevée en comparaison internationale
Incitations financières liées aux énergies fossiles 3,9% des recettes nettes issues de l’impôt sur les huiles minérales ont été remboursées
aux entreprises en 2024
+52,7% depuis 2002 Évolution allant à l’encontre de l’objectif fixé
Lutte contre le changement
climatique
Émissions de gaz à effet de serre en 2024: 41,3 millions de tonnes d’équivalent CO2 61,8% de la cible atteints Les émissions diminuent trop lentement. L’objectif visant à réduire les émissions à 50% de leur niveau de 1990 d’ici 2030 n’est pas réaliste
Énergies renouvelables 29,9% de la consommation d’énergie en 2024
provenait de sources renouvelables
+61,1% depuis 2000 La part visée des énergies renouvelables dans le mix énergétique n’est pas encore atteinte
Biodiversité 174 espèces exotiques envahissantes connues en 2020 +33,4% depuis 2000 Évolution allant à l’encontre de l’objectif fixé
Pauvreté Taux de pauvreté en Suisse en 2024: 8,4% Pas de changement statistiquement significatif depuis 2014 L’objectif de réduction de la pauvreté n’est pas atteint
Égalité  Disparités salariales entre les femmes et les hommes
dans le secteur privé: 11,1%
–48,3% depuis 2000 Évolution positive, la part inexpliquée de l’écart salarial n’a toutefois pas diminué
Remarque: les données datent d’avril 2026. Source: Rapport national sur la mise en œuvre de l’Agenda 2030

Un cadre de référence majeur

L’Agenda 2030 est devenu un cadre de référence international majeur en matière de développement durable. Si aucun pays ne remet fondamentalement en cause ce programme, à l’exception des États-Unis, sa mise en œuvre s’est toutefois compliquée, tant au niveau international (en raison de crises géopolitiques, sociales et écologiques) qu’en Suisse (du fait de conflits d’objectifs non résolus et de ressources financières plus limitées). Au cours des prochaines années, il sera donc d’autant plus important d’en optimiser la mise en œuvre en tirant mieux parti des instruments existants et en fixant les bonnes priorités.

Les ODD de l’ONU fixent uniquement des objectifs généraux. En 2021, le Conseil fédéral a adopté la Stratégie pour le développement durable 2030 (SDD 2030) qui définit les lignes directrices pour la mise en œuvre de l’Agenda 2030 en Suisse. Cette stratégie s’appuie sur trois thèmes prioritaires: consommation et production durables; climat, énergie et biodiversité; égalité des chances et cohésion sociale. Le développement durable est solidement ancré dans de nombreux domaines politiques: plusieurs services fédéraux ont intégré les principes de la SDD 2030 dans leurs stratégies, leurs plans d’action et leurs messages concernant le financement. La stratégie Culture du bâti et la stratégie Climat pour l’agriculture et l’alimentation en sont des exemples notables, aux côtés du message relatif à l’encouragement de la formation, de la recherche et de l’innovation, de la Nouvelle politique régionale ou de la charte de durabilité de l’armée. La coordination entre les différents domaines politiques, notamment le déploiement des énergies renouvelables et la protection de la biodiversité, demeure toutefois une tâche délicate. Globalement, il est nécessaire de renforcer la cohérence des différentes subventions fédérales s’agissant du développement durable.

L’administration fédérale assume elle aussi davantage son rôle de modèle, comme le souligne son rapport sur la durabilité. Elle a notamment enregistré des progrès dans les domaines de la lutte contre le changement climatique et de la consommation d’énergie, ainsi que dans les procédures d’achats publics. Concernant la gestion immobilière, elle s’appuie systématiquement sur des normes de durabilité en matière de construction et d’exploitation de ses bâtiments.

L’Agenda 2030 fixe le cadre de la coopération internationale au développement. Il permet aux pays qui donnent ou reçoivent de l’aide de mieux coordonner leurs priorités. L’Engagement de Séville contribue à mobiliser des investissements en faveur du développement durable, à gérer la crise de la dette et du développement et à réformer l’architecture financière mondiale.

Une mise en œuvre à tous les échelons de l’État

La mise en œuvre de l’Agenda 2030 relève de la responsabilité de la Confédération, mais également de celle des cantons et des communes. La plupart des cantons ont créé des services spécialisés dans le développement durable et adopté des stratégies et des plans d’action correspondants. Les cantons d’Argovie et de Bâle-Ville, ainsi que les villes de Genève et Berne, ont publié des examens locaux volontaires dans lesquels ils rendent compte de la mise en œuvre de l’Agenda 2030, des difficultés qui demeurent ainsi que de la manière dont ils entendent gérer celles-ci au niveau politique. Les villes organisent chaque année depuis 2025 un symposium afin d’échanger sur les bonnes pratiques de développement durable urbain. Enfin, la Conférence tripartite a intégré l’Agenda 2030 dans son programme de travail afin de renforcer et mieux coordonner la coopération entre les différents niveaux de l’État.

L’immense pouvoir de levier de l’économie

Le secteur financier et les entreprises peuvent fortement influencer le développement durable. Les grands groupes internationaux, en particulier, définissent de plus en plus souvent des stratégies en matière de chaînes logistiques durables, d’économie circulaire, de production neutre en carbone, de droits humains ou de travail des enfants. Ces stratégies peuvent améliorer la gestion des risques et la résilience face aux chocs en permettant de détecter, d’évaluer et de piloter plus en amont les risques écologiques, sociétaux et réglementaires.

En adoptant des pratiques plus durables, les PME peuvent elles aussi renforcer leur capacité d’innovation et leur résilience. Elles peuvent notamment adapter rapidement leurs processus de production afin de réduire leur consommation de ressources et veiller au respect des normes sociales et environnementales établies dans leurs chaînes logistiques. Elles peuvent ainsi saisir de nouvelles opportunités de marché.

Afin de soulager les PME dans la mise en œuvre des réglementations, le Conseil fédéral a annoncé diverses mesures d’accompagnement dans son rapport «Aider les PME suisses à appliquer les directives ESG». Il prévoit notamment d’optimiser le portail fédéral de la RSE et d’apporter un soutien accru à l’identification des risques liés au développement durable. La Toolbox «Agenda 2030 pour les entreprises» propose en outre des mesures concrètes et des exemples pratiques de mise en œuvre illustrant comment les entreprises peuvent devenir plus durables.

En guise de contre-proposition indirecte à une seconde «initiative Multinationales responsables», le Conseil fédéral examine une nouvelle loi sur la gestion durable des entreprises (LGDE) dont le but est de soutenir la compétitivité des entreprises suisses. S’appuyant sur des normes internationales, cette loi devrait mieux protéger les entreprises et renforcer la sécurité juridique en matière de respect des principes de gestion durable.

Afin que les entreprises et les institutions financières puissent investir de manière durable, l’État doit mener une politique à long terme qui offre un cadre fiable et une sécurité de planification, tout en encourageant l’innovation.

Encore quatre ans: et après?

Actuellement, l’Agenda 2030 est ancré bien plus solidement dans les sphères politique, économique et administrative qu’il y a dix ans. La nécessité d’un développement durable est désormais largement reconnue et les stratégies ainsi que les structures nécessaires à sa mise en œuvre sont en grande partie en place. Au cours des prochaines années, l’accent devra donc être mis sur une utilisation plus cohérente de ces instruments. Cette démarche pourra porter ses fruits si les différents échelons de l’État coopèrent davantage avec le secteur économique, le monde scientifique et la société civile, et si la bureaucratie inutile est évitée ou réduite autant que possible.

Il reste encore quatre ans. Dans le cadre du sommet des ODD de l’ONU, qui sera organisé à l’automne 2027, l’attention va se porter de plus en plus sur l’après-2030. Bien qu’il soit largement admis que le développement durable doit rester une priorité, il est difficile de prévoir sur quel cadre de référence la communauté internationale parviendra à s’accorder. Certains acteurs souhaitent poursuivre sur la voie engagée, tandis que d’autres réclament par exemple des objectifs plus ciblés et plus efficaces. D’autres encore plaident pour une meilleure prise en considération de thèmes tels que la transition numérique, l’intelligence artificielle et d’autres technologies d’avenir.

Le succès de l’Agenda 2030 ne se mesure pas à la réalisation de chacun des objectifs et cibles fixés, mais à la capacité du développement durable à s’imposer à long terme comme principe directeur des décisions politiques, économiques et sociétales. En tant que cadre de référence, ce programme peut ainsi contribuer à concrétiser l’objectif de développement durable inscrit à l’article 2 de la Constitution fédérale.

Proposition de citation: Dubas, Daniel; Reubi, Markus (2026). Agenda 2030: un bilan mitigé. La Vie économique, 31 août.