Les PME ont besoin des grandes entreprises – et inversement
Des liens étroits: dans le canton de Zurich, les grandes entreprises s’approvisionnent à plus de 50% auprès des PME. (Image: Keystone)
Les petites et moyennes entreprises (PME) sont-elles l’épine dorsale de l’économie suisse? La Suisse connaîtrait-elle la même réussite économique sans ses grandes entreprises multinationales? Une chose est sûre: en Suisse, 99,7% des entreprises sont des PME, dont 90% emploient moins de dix personnes (voir graphique 1). Les 0,3% restants sont de grandes entreprises qui comptent plus de 250 collaboratrices et collaborateurs[1]. Si l’on considère l’emploi, le tableau est toutefois différent: malgré leur faible nombre, les grandes entreprises pèsent lourd puisqu’elles représentent près d’un tiers des emplois à plein temps en Suisse.
Il en va de même pour la valeur ajoutée: les grandes entreprises en génèrent deux cinquièmes contre environ un cinquième pour les entreprises de taille moyenne. La part des petites entreprises et microentreprises est légèrement inférieure car nombre d’entre elles opèrent dans le secteur des services, caractérisé par une faible productivité du travail[2](voir graphique 1).
Les écarts sont encore plus marqués en termes d’impôt sur le bénéfice. On estime que plus de la moitié des recettes issues de cet impôt provient des grandes entreprises, tandis que les microentreprises n’y contribuent qu’à hauteur de 11%[3], notamment parce que les petites entreprises réalisent beaucoup moins souvent un bénéfice imposable.
Graphique 1: Bien que peu nombreuses, les grandes entreprises et celles de taille moyenne apportent une contribution importante à l’économie (2023)
GRAPHIQUE INTERACTIF
Des liens étroits en petites et grandes entreprises
L’importance économique des grandes entreprises est évidente, même si les PME sont plus nombreuses dans le pays. Mais quels liens économiques les petites et les grandes entreprises entretiennent-elles? Des matières premières et des biens intermédiaires aux services informatiques et de conseil en passant par les équipements techniques du bâtiment, elles s’achètent mutuellement de nombreux intrants. Une PME du secteur informatique, par exemple, se procure du matériel informatique et des services de base auprès de grandes entreprises et fournit ses prestations à d’autres PME et à des grandes entreprises, tout en collaborant avec des fournisseurs spécialisés. De ces échanges naît un dense réseau d’entreprises de toutes tailles. Ajoutons toutefois que relations commerciales sont un peu plus étroites entre entreprises de taille similaire.
Les statistiques publiques, telles que la Statistique structurelle des entreprises (Statent), la Statistique des groupes d’entreprises (Stagre) ou les comptes nationaux (CN), fournissent certes des informations sur la taille, la structure et le chiffre d’affaires des entreprises, mais elles ne donnent aucune indication sur les liens existant entre les différents types d’entreprises ni sur la valeur ajoutée ainsi créée. Une enquête menée auprès de plus de 500 entreprises du canton de Zurich permet de combler cette lacune[4]: elle montre que les entreprises de différentes tailles sont étroitement liées; les entreprises zurichoises réalisent ainsi près des deux tiers de leur chiffre d’affaires avec d’autres entreprises, contre un peu plus d’un tiers avec leur clientèle finale.
Les grandes entreprises, d’importants donneurs d’ordre
Les entreprises de tailles comparables entretiennent généralement des relations commerciales plus étroites: les microentreprises achètent plus souvent des intrants auprès d’autres microentreprises, tandis que les grandes entreprises s’approvisionnent davantage auprès d’entreprises de même taille (voir graphique 2). Mais l’enquête met aussi en évidence le rôle central des grandes entreprises dans la chaîne de création de valeur: en valeur absolue, celles-ci sont les principaux fournisseurs et les principaux acheteurs d’intrants, représentant environ deux cinquièmes de la valeur totale de ces échanges. Les grandes entreprises sont ainsi à la fois les principaux partenaires commerciaux des autres grandes entreprises (49%) et des petites et moyennes entreprises (29%).
Les liens entre les grandes entreprises et les PME sont particulièrement évidents: plus de 50% des intrants achetés par les grandes entreprises proviennent des PME, tandis que ces dernières se procurent plus de 40% de leurs intrants auprès des grandes entreprises. Les grandes entreprises entretiennent donc des échanges étroits entre elles, mais aussi avec les PME.
Graphique 2: Des liens étroits entre entreprises de toutes tailles (2023)

L’importance des fournisseurs régionaux
Si l’on considère le nombre plutôt que la valeur des relations avec les fournisseurs, on constate que les entreprises sont encore plus fortement liées entre elles. Comptant plus de 300 fournisseurs en moyenne, dont 80% sont des PME, les grandes entreprises sont celles qui entretiennent le plus grand nombre de relations commerciales, comme on pouvait s’y attendre. Plus une entreprise est grande, plus son réseau de fournisseurs est étendu, en règle générale, ce qui, toutefois, n’empêche pas les microentreprises de collaborer elles aussi (en moyenne avec 22 autres entreprises).
L’enquête révèle en outre un fort ancrage régional des entreprises: entre 70% et 80% des intrants qu’elles achètent proviennent de Suisse, dont une grande partie directement du canton de Zurich. Les petites entreprises ont tendance à s’approvisionner davantage dans leur région que les grandes entreprises, mais les différences sont minimes. En raison de leur rôle prépondérant en tant que clientes, les grandes entreprises génèrent la majeure partie de la demande locale en produits et services.
L’analyse apporte une réponse nuancée à la question de l’importance des différents types d’entreprises. La place économique suisse a autant besoin de ses nombreuses PME que de ses quelques grandes entreprises qui jouent un rôle important en tant qu’employeurs, contribuables, donneuses d’ordre et prestataires. Les grandes entreprises sont des clientes et des fournisseurs essentiels pour les nombreuses petites et moyennes entreprises du pays – et inversement.
Bibliographie
- Lauter G. et Nussbaumer T. (2025). La productivité augmente plus rapidement dans les grandes entreprises. La Vie économique, février.
- Moresi E. (2022). Steuern der juristischen Personen. Statistique Lucerne.
- Office de l’économie du canton de Zurich (2026). Das Ökosystem der Zürcher Wirtschaft: Einblicke in die Vernetzung von grossen und kleinen Unternehmen. Zürcher Wirtschaftsmonitoring, juin 2026.
Bibliographie
- Lauter G. et Nussbaumer T. (2025). La productivité augmente plus rapidement dans les grandes entreprises. La Vie économique, février.
- Moresi E. (2022). Steuern der juristischen Personen. Statistique Lucerne.
- Office de l’économie du canton de Zurich (2026). Das Ökosystem der Zürcher Wirtschaft: Einblicke in die Vernetzung von grossen und kleinen Unternehmen. Zürcher Wirtschaftsmonitoring, juin 2026.
Proposition de citation: Zobrist, Luc; Binz, Tobias; Knöpfel, Corinne; Hofer Frei, Simone (2026). Les PME ont besoin des grandes entreprises – et inversement. La Vie économique, 29 octobre.