Qu’apporte l’accord de libre-échange avec le Mercosur?
Éclairage de Roger Gschwend, Secrétariat d’État à l’économie
Une fois l’accord de libre-échange entré en vigueur, près de 96% des exportations suisses vers les pays du Mercosur seront exemptées de droits de douane. La Voie lactée illuminant le ciel de Montevideo, capitale de l’Uruguay et siège officiel du secrétariat du Mercosur. (Image: Keystone)
Il est particulièrement important que la Suisse diversifie et consolide ses relations commerciales en période d’instabilité géopolitique. Fort de ses quelque 270 millions de consommatrices et consommateurs, le Mercosur, qui regroupe l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay, constitue un marché important en pleine expansion. Cet accord améliore l’accès au marché des entreprises suisses, renforce leur compétitivité et leur permet de planifier plus sûrement leur activité. Il envoie par ailleurs un signal fort en faveur d’un partenariat économique renforcé avec une région dynamique.
La suppression des droits de douane est un élément important de l’accord. Environ 96% des exportations suisses vers les pays du Mercosur seront exemptées de droits de douane à l’issue d’une période transitoire. Cette mesure profitera avant tout aux secteurs tournés vers l’exportation tels que l’industrie pharmaceutique, la construction mécanique, les instruments de précision et l’horlogerie, mais aussi à des produits comme le café et les boissons énergisantes. En parallèle, cela renforcera la compétitivité de la Suisse et lui évitera de prendre du retard par rapport à l’UE qui a également conclu un accord de libre-échange avec le Mercosur.
Ce n’est pas aussi simple que cela. La Suisse fait certes des concessions dans le domaine agricole, mais elles sont limitées. Les contingents sont largement alignés sur les volumes d’importation actuels. L’agriculture suisse bénéficie elle aussi d’un meilleur accès au marché pour ses produits et l’accord protège des appellations telles que «Swiss» pour le chocolat ou «Gruyère».
L’accord n’entraînera pas de hausse des importations de viande. La viande bovine importée des pays du Mercosur provient majoritairement d’élevages en pâturage et les stimulateurs de croissance hormonaux y sont interdits. En outre, l’accord ne touche pas aux normes suisses en matière de qualité, de déclaration et de santé.
L’accord contient des engagements importants en matière de travail, de climat et de biodiversité.
L’accord n’aura aucune incidence sur les importations de soja. Les droits de douane sur le soja sont nuls, même sans cet accord. Les réglementations suisses relatives aux organismes génétiquement modifiés et aux obligations d’étiquetage des produits resteront tout aussi strictes. Provenant principalement des pays européens, les importations de soja sont soumises à des normes sectorielles garantissant un approvisionnement responsable et sans OGM.
Une étude de l’Université de Berne montre que ce n’est pas le cas. L’accord contient en outre des engagements importants en matière de travail, de climat et de biodiversité, notamment la mise en œuvre de l’Accord de Paris sur le climat, la protection des forêts ainsi que des dispositions visant à lutter contre la déforestation. Mais surtout, l’accord instaure un nouveau cadre contraignant qui permet d’aborder ces questions avec les États partenaires et de vérifier, au moyen de procédures clairement définies, qu’ils respectent leurs engagements.
Attendre ne ferait que prolonger les désavantages subis par l’économie d’exportation suisse face à la concurrence de l’UE. Dans un contexte international tendu, marqué par des incertitudes considérables, il est plus important que jamais de favoriser la diversification des relations commerciales. Quelle que soit la situation au sein de l’UE, cet accord revêt une grande importance pour la Suisse.
Les chances sont bonnes, à condition de pouvoir démontrer à l’ensemble des parties prenantes que cet accord apporte des avantages tangibles aux entreprises et qu’il renforce la résilience de notre économie, tout en favorisant le développement durable et en étant compatible avec les objectifs de la politique agricole suisse. Compte tenu de la situation géopolitique actuelle, ces arguments devraient avoir du poids pour de nombreuses personnes. Pour garantir sa prospérité, la Suisse a besoin d’un accès au marché aussi large que possible et fondé sur des règles.
Propos recueillis par «La Vie économique»
Proposition de citation: Éclairage de Roger Gschwend, Secrétariat d’État à l’économie (2026). Qu’apporte l’accord de libre-échange avec le Mercosur? La Vie économique, 16 avril.
