Le président de la confédération Guy Parmelin avec le président autrichien Alexander Van der Bellen à Vienne. Chaque nouvelle ou nouveau président de la Confédération suisse effectue sa première visite bilatérale. (Image: Keystone)
La proximité entre la Suisse et l’Autriche n’est pas seulement d’ordre géographique, elle s’inscrit également dans une longue histoire commune. C’est en effet avec l’Autriche que la jeune Suisse a conclu son premier traité bilatéral, le 1er juillet 1849. L’accord, qui portait sur les services postaux, ne suscita certes guère l’enthousiasme de la part du ministre autrichien des Finances de l’époque, qui le jugeait trop favorable à la Suisse[1], mais, heureusement, ce léger différend n’empêcha pas les deux pays de poursuivre leur coopération.
Une étape décisive a été franchie en 1892 avec le lancement d’un programme commun de régulation du Rhin alpin, l’un des premiers grands projets binationaux menés en Europe dans le domaine de la protection contre les crues. Les deux pays entreprirent alors d’aménager ensemble ce cours d’eau afin de protéger plus efficacement la vallée du Rhin, régulièrement touchée par des inondations. Cette coopération s’est poursuivie au fil des décennies, aboutissant en 2024 à la signature d’un traité bilatéral portant sur la protection contre les crues et la renaturation du Rhin alpin (projet Rhesi, Rhein – Erholung und Sicherheit).
Une dimension humanitaire, hier comme aujourd’hui
Le partenariat entre la Suisse et l’Autriche ne se résume pas à des accords internationaux ni à des projets d’infrastructure, il revêt également une dimension humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale. Entre 1945 et le milieu des années 1950, la Suisse a accueilli quelque 30 000 enfants autrichiens dans le cadre de séjours de convalescence de plusieurs mois, apportant ainsi une contribution importante à l’atténuation des conséquences immédiates de la guerre. La portée politique de cette aide est apparue clairement dès 1946, lorsque le chancelier fédéral Leopold Figl choisit la Suisse pour effectuer son premier déplacement officiel à l’étranger, en guise de reconnaissance pour la solidarité dont le pays avait fait preuve. Des décennies plus tard, ce lien s’est de nouveau manifesté lorsque l’Autriche a proposé son aide à la Suisse après la catastrophe de Crans-Montana, survenue au début de l’année 2026.
La visite du chancelier autrichien en 1946 a marqué le début d’une tradition qui se perpétue encore 80 ans plus tard: c’est en Autriche que chaque présidente ou président de la Confédération nouvellement élu effectue sa première visite bilatérale. Ainsi, le président de la Confédération Guy Parmelin n’a pas dérogé à cette coutume en étant reçu en janvier 2026 par le président autrichien Alexander van der Bellen.
Un partenariat stratégique
Cette tradition ne tient pas du folklore, mais offre au contraire un cadre privilégié pour des échanges politiques menés au plus haut niveau sur les grands dossiers bilatéraux et internationaux.
Dans ce contexte, l’accord de «partenariat stratégique» signé en 2021 constitue un fondement essentiel pour le développement des relations bilatérales entre les deux pays. Pionnier lui aussi, cet accord est le premier (et le seul à ce jour) partenariat stratégique formel conclu par la Suisse avec un État membre de l’UE. Il donne à la Suisse et à l’Autriche un cadre pour structurer, systématiser et piloter au niveau ministériel leur coopération concernant des questions d’importance stratégique pour elles deux. Les deux pays peuvent ainsi collaborer de manière encore plus efficace, plus ciblée et plus durable, notamment dans les domaines de la migration, de la sécurité, du multilatéralisme et du numérique, ce qui s’est traduit à ce jour par des échanges sur le thème de la cyberadministration à l’ère de l’intelligence artificielle et par un plan d’action commun contre la migration secondaire (mieux maîtriser et réduire les déplacements de migrants d’un pays d’accueil vers un autre pays).
Les similitudes structurelles offrent de nouvelles perspectives
Ce partenariat stratégique tire également son efficacité particulière des similitudes structurelles que la Suisse et l’Autriche partagent. Une population et une évolution démographique comparables, le fédéralisme et la neutralité sont autant de facteurs favorisant l’émergence d’une vision commune des missions et des défis de l’État, sans compter qu’ils facilitent la coordination des positions et des mesures. La coopération s’en trouve renforcée non seulement au niveau politique, mais aussi dans les échanges directs entre autorités compétentes (cantons et Länder) et avec les partenaires issus des milieux scientifiques, de la recherche et de l’économie. Depuis 2019, des institutions autrichiennes ont par exemple participé à 750 projets soutenus par le Fonds national suisse.
Les deux pays comptent l’un pour l’autre parmi les principaux partenaires commerciaux et d’investissement. La Suisse est le troisième partenaire commercial de l’Autriche en termes d’importations, tandis que l’Autriche occupe la 11e place pour les importations suisses. Il ressort d’une analyse du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) que les échanges commerciaux de la Suisse avec le Vorarlberg et le Tyrol, soit les deux Länder qui lui sont limitrophes, dépassent largement ceux avec le Brésil. L’Autriche constitue en outre un marché attractif pour les PME suisses envisageant de se développer à l’international, car elles peuvent pénétrer à moindre risque un marché qui se distingue par une complexité qui reste raisonnable, un pouvoir d’achat élevé, des conditions économiques stables et un environnement réglementaire solide.
La coopération en matière de sécurité
La coopération entre les deux pays dans le domaine de la sécurité peut elles aussi s’appuyer sur des similitudes structurelles. Étant neutres l’une et l’autre, la Suisse et l’Autriche font face à des défis comparables et tirent particulièrement profit des échanges et de formations communes. En 2025, des unités de l’armée suisse et l’armée fédérale autrichienne se sont par exemple entraînées ensemble en Basse-Autriche, ce qui témoigne d’une confiance réciproque et d’un engagement commun en faveur d’une capacité de défense crédible.
Conformément à leur principe de neutralité, les deux pays contribuent également au renforcement de la défense aérienne et à la stabilité de la sécurité en Europe dans le cadre de l’initiative «European Sky Shield». En tant que pays hôtes de l’ONU à Vienne et à Genève, l’Autriche et la Suisse défendent ensemble un multilatéralisme solide au service de la paix, de la sécurité, de la prospérité et de la durabilité, au-delà de leurs frontières.
Une fratrie marquée par des différences
Malgré tous ces points communs, il existe aussi des différences entre les deux pays. Contrairement à la Suisse, l’Autriche fait partie de l’Union européenne. Par son histoire et sa géographie, elle est davantage ancrée en Europe centrale et apporte des perspectives différentes aux débats européens. On observe également des nuances subtiles dans la vie quotidienne, par exemple dans l’humour, que je trouve souvent particulièrement raffiné ici, à Vienne.
Ursula Plassnik, ancienne ministre autrichienne des Affaires étrangères et grande spécialiste de la Suisse, a évoqué une image très pertinente pour décrire ce mélange singulier de similarités et de différences, comparant les deux pays à deux frères assis «dos à dos». Or, ces différences sont précisément ce qui crée, non pas une distance, mais une complémentarité. Elles élargissent notre horizon, nourrissent nos échanges et renforcent notre capacité à développer ensemble des solutions aux défis de notre époque. C’est pourquoi le partenariat qui unit de longue date la Suisse et l’Autriche n’est pas un état figé, mais un processus dynamique. Dans cet esprit, la réponse à la question posée au début du présent article coule de source: «Oui, et j’y repenserai demain».
- Voir Andrej Abplanalp (2022). «Vous avez du courrier…», Blog du Musée national suisse, 17 janvier. []
Proposition de citation: Meyer, Salome (2026). Vous avez pensé à l’Autriche aujourd’hui? La Vie économique, 07 avril.
| Nombre d’habitantsa | 9,2 millions (CH: 9,0 millions) |
| Superficie | 83 870 km2 (CH: 41 290 km2) |
| PIB par habitant (2025) Corrigé du pouvoir d’achat: Nominal: |
74 852 USD (CH: 97 659 USD) 61 694 USD (CH: 111 047 USD ) |
| Croissance du PIBb (2025) | 0,3% (CH: 0,9%) |
| Taux de chômage selon le modèle de l’OITa (2025) | 5,6% (CH: 4,9%) |
| Investissements directs de la Suisse en Autrichec | 19,5 milliards de dollars US |
| Investissements directs de l’Autriche en Suissec | 13,2 milliards de dollars US |
| Part des exportations autrichiennes dans le total des importations suisses (biens uniquement, 2025)c |
2,3% (8e rang) |
| Part des exportations suisses dans le total des importations autrichiennes (biens uniquement, 2025)c | 4,8% (5e rang) |
| Importations suisses en provenance d’Autriched | Produits pharmaceutiques (30%), machines (10%), métaux (6,9%), produits métalliques (5%) |
| Exportations suisses vers l’Autriched | Produits pharmaceutiques (25,4%), métaux (15,1%), produits chimiques (9,8%), machines (8,1%) |
| Ressortissants autrichiens en Suissee | 67 500 |
| Ressortissants suisses en Autrichef | 18 700 |
| Inflation (2025)b | 3,6% (CH: 0,1%) |
aBanque mondiale, bFMI (2025). Perspectives de l’économie mondiale, cFMI, dOffice fédéral de la douane et de la sécurité des frontières, eInstitut statistique d’Autriche, fOFS (état au 7.4.2026)