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Quand faut-il élargir sa recherche d’emploi?

On recommande souvent aux personnes au chômage d’élargir leur recherche d’emploi à un maximum de métiers et de régions. S’appuyant sur des données suisses, de nouveaux travaux de recherche montrent toutefois que ce qui compte, ce n’est pas de chercher plus largement, mais au bon endroit. Pour certaines personnes, une recherche plus ciblée peut même s’avérer plus efficace.
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Il peut être utile d’élargir sa recherche d’emploi à d’autres régions ou d’autres métiers. (Image: Keystone)

Dans le cadre de leurs politiques du marché du travail, les États conseillent souvent aux personnes au chômage d’élargir leurs recherches d’emploi à des métiers apparentés ou à des régions voisines[1]. Une ouvrière d’usine au chômage à Soleure pourrait par exemple chercher un emploi de magasinière en Argovie. Cette recommandation repose sur un constat simple: les personnes à la recherche d’un emploi ne savent pas toujours qu’il peut être judicieux d’envisager de faire la navette entre leur domicile et leur lieu de travail ou que leurs compétences pourraient être utiles dans d’autres métiers. En élargissant leurs recherches, elles augmentent leurs chances de retrouver un emploi.

Les recherches empiriques menées à ce sujet ne donnent toutefois pas de résultats concordants. Si les recommandations visant à élargir la recherche d’emploi s’avèrent utiles pour certains groupes de personnes[fndVoir Altmann et al. (2026) et Belot et al. (2025).[/fnd], elles restent sans effet lorsqu’elles s’adressent à l’ensemble des personnes à la recherche d’un emploi[2]. En outre, lorsque cette approche n’est pas seulement recommandée, mais imposée ou encouragée financièrement, les personnes concernées restent en moyenne plus longtemps au chômage[3]. Cela suggère que d’autres lacunes en matière d’informations entrent également en jeu, notamment une lacune qui paraît évidente: les personnes à la recherche d’un emploi ignorent souvent dans quels métiers et dans quelles régions la demande de main-d’œuvre est forte. Dans ce cas, élargir sa recherche d’emploi n’est alors pas forcément la meilleure stratégie: les personnes qui sous-estiment la demande dans leur secteur d’activité ou leur région risquent de mener des recherches trop larges et auraient tout intérêt à les restreindre.

La concurrence par poste est déterminante

C’est la concurrence par poste qui détermine quel marché offre les meilleures opportunités, le terme de «marché» désignant en l’occurrence la combinaison d’un métier et d’une région. La théorie économique recommande ainsi de mener sa recherche d’emploi en fonction du nombre de demandeurs d’emploi par poste vacant sur un marché donné. Passer d’un marché très concurrentiel à un marché qui l’est moins permet non seulement d’augmenter ses chances de retrouver un emploi, mais aussi de désengorger le marché fortement disputé.

Les données montrent qu’il est judicieux d’effectuer sa recherche d’emploi en fonction du niveau de concurrence. Le nombre de personnes à la recherche d’un emploi par poste vacant varie parfois fortement entre des métiers similaires offrant des niveaux de salaire comparables, voire entre des régions voisines. Sur les marchés de l’emploi moins concurrentiels, on compte en moyenne 150 postes vacants pour 100 personnes à la recherche d’un emploi, contre seulement 65 sur les marchés très concurrentiels, un écart dont les demandeurs d’emploi peuvent tirer parti.

Que se passe-t-il lorsque les services d’aide orientent de manière ciblée les personnes à la recherche d’un emploi vers des marchés peu concurrentiels? C’est la question sur laquelle s’est penchée une étude récente qui a porté sur 300 000 personnes au chômage et 2500 conseillères et conseillers des offices régionaux de placement (ORP). Cette étude a croisé les données issues du registre suisse du chômage et les données de navigation de la plateforme d’emploi officielle Job-Room, ces dernières indiquant sur quels marchés les personnes effectuent leurs recherches d’emploi[4]. Il s’avère que certaines conseillères et conseillers orientent systématiquement les recherches de leurs clientes et clients vers des marchés peu concurrentiels, indépendamment d’autres facteurs tels que leur rigueur ou le nombre d’entretiens menés. L’étude permet d’isoler l’influence des conseillères et conseillers sur la recherche d’emploi: l’affectation aléatoire d’une conseillère ou d’un conseiller à des personnes à la recherche d’un emploi au sein d’un ORP constitue une expérience naturelle qui permet d’observer ce qu’il se passe lorsque les personnes au chômage axent davantage leur recherche sur des marchés peu concurrentiels, en raison de cette affectation.

Cette réorientation porte ses fruits: la probabilité de trouver un emploi dans les six mois augmente de 2,7% chez les personnes dont la conseillère ou le conseiller les oriente fortement vers des marchés peu concurrentiels. Cette mesure produit un effet comparable à celui de deux candidatures supplémentaires exigées chaque mois, mais elle ne coûte pratiquement rien et n’a aucune incidence sur le salaire ou la stabilité de l’emploi.

Les études menées précédemment sont parvenues à des conclusions divergentes car la pertinence d’élargir la recherche d’emploi dépend du marché d’origine (voir tableau). Quiconque perd son emploi sur un marché fortement concurrentiel gagne à se tourner vers un marché moins concurrentiel, une recherche élargie s’avérant dans ce cas plus prometteuse. En revanche, une personne qui se lance sur un marché peu concurrentiel bénéficie de l’effet inverse: en se concentrant sur un marché peu concurrentiel, elle recentre sa recherche sur son marché d’origine au lieu de l’élargir. Les conditions favorables qui règnent sur ce marché lui permettront de trouver plus rapidement un emploi.

Orientation ciblée de la recherche d’emploi vers les marchés peu concurrentiels: évolution de la probabilité de trouver un emploi selon le marché d’origine

Emploi trouvé sur un marché plus concurrentiel Emploi trouvé sur le marché d’origine Emploi trouvé sur un marché moins concurrentiel
Marché d’origine caractérisé par une forte concurrence par poste −0,6% +0,3% +4,1%*
Marché d’origine caractérisé par une faible concurrence par poste +1,0% +7,5%** +2,2%
Exemple de lecture: les personnes qui perdent leur emploi sur un marché du travail où la concurrence pour un poste est faible et qui axent leurs recherches principalement sur des marchés peu concurrentiels ont plus de chances de retrouver un emploi dans les six mois (tous les effets sont nuls ou positifs). Le succès de leur recherche tient à une recherche plus ciblée: la probabilité de trouver un emploi sur le marché d’origine dans un délai de 6 mois augmente de 7,5%.
Remarque: importance statistique: ** = statistiquement significatif à 5%; * = statistiquement significatif à 10%; sans astérisque = non significatif.
Source: Klaeui (2026), Secrétariat d’État à l’économie, X28 AG | Graphique: La Vie économique

Élargir ses recherches implique souvent de changer de métier. La réussite de cette démarche ne dépend pas uniquement des personnes à la recherche d’un emploi, mais également des entreprises. Une deuxième étude examine dans quelles circonstances les personnes chargées du recrutement s’intéressent aux candidatures issues d’autres secteurs d’activité[5]. Les recruteuses et recruteurs effectuent des recherches sur la plateforme «Job-Room», qui regroupe les données des personnes à la recherche d’un emploi et dont la configuration, combinée aux méthodes statistiques utilisées, permet de comparer des profils présentant des qualifications identiques.

À qualifications égales, les candidates et candidats issus d’autres secteurs d’activité sont moins souvent contactés: 80% environ de ce phénomène s’explique par le fait que les responsables du recrutement s’appuient sur le dernier emploi occupé pour évaluer si la candidate ou le candidat dispose des compétences requises pour le poste. Il est donc souvent possible de se reconvertir dans un métier apparenté sans devoir suivre une nouvelle formation. En outre, les entreprises s’adaptent à la pénurie de main-d’œuvre: si le nombre de candidatures pour un poste vacant dans un corps de métier donné est faible, elles se tournent nettement plus souvent vers des personnes issues d’autres secteurs.

Le conseil aux personnes au chômage devrait donc tenir compte du niveau de concurrence par poste plutôt que de recommander systématiquement à celles-ci d’élargir le périmètre de leurs recherches. Lorsque le marché d’origine est fortement concurrentiel, il est préférable de proposer des alternatives. En revanche, lorsque la concurrence y est faible, mieux vaut encourager les personnes concernées à concentrer leurs recherches sur ce marché. Les services de placement disposent généralement des données nécessaires pour orienter efficacement les personnes à la recherche d’un emploi.

  1. Voir Belot, Kircher et Muller (2019). []
  2. Voir Belot, Kircher et Muller (2019) ainsi qu’Altmann et al. (2026). []
  3. Voir Van der Klaauw et Vethaak (2022) ainsi que Caliendo, Künn et Mahlstedt (2026). []
  4. Voir Klaeui (2026). []
  5. Voir Klaeui et al. (2026). []

Bibliographie

Bibliographie

Proposition de citation: Klaeui, Jeremias (2026). Quand faut-il élargir sa recherche d’emploi? La Vie économique, 22 septembre.

Le programme national de recherche «Transformation numérique»

L’étude présentée dans cet article a bénéficié du soutien financier du Fonds national suisse dans le cadre du Programme national de recherche «Transformation numérique» (PNR 77). Consacré aux répercussions de la transformation numérique en Suisse, ce programme se concentre sur trois axes thématiques: «Formation, apprentissage et tournant numérique», «Éthique, fiabilité et gouvernance» et «Économie numérique et marché du travail». Il comprend 46 projets de recherche qui ont été menés entre 2020 et 2025.