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L’emploi est la clé pour lutter contre la pauvreté

Les personnes qui travaillent sont plus rarement pauvres. Au sein d’un ménage, une intensité de travail élevée constitue une protection particulièrement efficace contre la pauvreté. Comment faire pour que davantage de personnes accèdent à un emploi stable?
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Une protection efficace: l’activité professionnelle réduit considérablement le risque de pauvreté. (Image: Keystone)

De 2014 à 2024, entre 6,7% et 8,7% de la population suisse a été touchée par la pauvreté de revenu. En 2020, le Parlement a chargé le Conseil fédéral de mettre en place un suivi régulier de la pauvreté en Suisse[1]. Le rapport national sur la pauvreté, qui a été publié pour la première fois en 2025 et est appelé à paraître tous les cinq ans, vise à fournir à la Confédération, aux cantons, aux communes et à d’autres acteurs impliqués dans la prévention et la lutte contre la pauvreté des informations sur la manière de lutter efficacement contre ce problème. Le rapport 2025 souligne le fait que l’intégration sur le marché du travail est un levier essentiel dans la lutte contre la pauvreté[2].

Un risque de pauvreté divisé par quatre

Le rapport parvient à cette conclusion en adoptant la perspective des ménages et en partant du principe que les membres d’un même foyer mettent en commun leurs ressources financières et supportent ensemble les charges du ménage. Cette hypothèse, qui dans la plupart des cas correspond à la réalité, implique que les personnes sans activité professionnelle ou percevant de bas salaires ne vivent pas automatiquement en situation de pauvreté si leur ménage dispose d’autres sources de revenus. Le facteur déterminant est le rapport entre le revenu disponible et les besoins du ménage, mesurés à l’aune du minimum vital social, tel que défini par l’Office fédéral de la statistique (OFS). Celui-ci englobe un forfait d’entretien de base, les frais de logement, les frais de santé de base ainsi qu’un forfait pour les prestations circonstancielles; en 2024, il s’élevait en moyenne à 2880 francs mensuels pour un ménage d’une personne.

En 2024, le taux de pauvreté de la population âgée de 18 ans à 64 ans s’établissait à 6,9% (fortune non prise en compte, voir graphique). Il était sensiblement plus élevé chez les personnes sans activité professionnelle (17,8%), tandis qu’il atteignait seulement 4,2% parmi les actifs occupés. Autrement dit, le fait d’exercer une activité professionnelle réduit considérablement le risque de pauvreté, sans toutefois l’éliminer entièrement. Ainsi, 167 000 personnes sont considérées comme pauvres alors qu’elles exercent une activité lucrative.

Un taux de pauvreté nettement plus faible parmi les personnes actives occupées

GRAPHIQUE INTERACTIF
Remarque: les «personnes actives occupées» et les «personnes sans activité professionnelle» désignent les personnes âgées de 18 ans à 64 ans qui ont exercé une activité lucrative indépendante ou salariée pendant plus ou moins de la moitié des mois de l’année précédant l’enquête. L’analyse exclut les personnes pour lesquelles ces informations sont disponibles pour moins de 7 mois.
Source: OFS, Silc 2014-2024 | Graphique: La Vie économique

Une intensité de travail élevée protège contre la pauvreté

L’analyse montre par ailleurs que l’intensité de travail est elle aussi un facteur essentiel de prévention de la pauvreté. On entend par intensité de travail le ratio entre le nombre de mois d’activité et le nombre maximum de mois d’activité possibles pour l’ensemble des personnes en âge de travailler (âgées de 18 ans à 64 ans) au sein d’un ménage. En 2024, les ménages qui exploitaient entre 55% et 85% de leur potentiel de travail affichaient un taux de pauvreté de 5,1% contre seulement 1,9% pour les ménages dont l’intensité de travail était très élevée (85% à 100%), qui étaient nettement mieux protégés contre la pauvreté. En revanche, le taux de pauvreté atteignait (36,8%) dans les ménages dont l’intensité de travail était très faible, soit inférieure à 20%.

Un bas salaire n’est pas synonyme de pauvreté

Il est important de faire la distinction entre les personnes percevant un bas salaire et les travailleurs pauvres. La notion de bas salaire se réfère au salaire horaire individuel[3], tandis que celle de travailleurs pauvres tient compte du revenu total d’un ménage par rapport à ses besoins. En Suisse, la part des emplois à bas salaire est stable et concerne environ 10% des emplois à plein temps. Les études montrent que près de neuf personnes sur dix percevant un bas salaire vivent dans un ménage qui n’est pas touché par la pauvreté, par exemple les jeunes adultes en formation qui vivent encore chez leurs parents. Cela montre que des facteurs tels que l’intensité de travail d’un ménage et ses besoins jouent un rôle déterminant dans la pauvreté. Les personnes exerçant des métiers où la proportion de bas salaires est importante sont toutefois plus exposées à ce risque, ce qui indique que le niveau de salaire joue lui aussi un rôle non négligeable.

Combattre les obstacles à l’insertion sur le marché du travail

La faible intensité de travail dans les ménages vivant dans la pauvreté a des causes multiples. Bien souvent, plusieurs facteurs se combinent. Selon la composition du ménage, l’une des raisons peut être l’impossibilité de répartir le travail rémunéré et les tâches liées à la garde des enfants entre plusieurs adultes. Il arrive également qu’une personne ne puisse pas augmenter son temps de travail en raison de problèmes de santé: les personnes vivant dans des ménages disposant de faibles revenus invoquent plus souvent que la moyenne une maladie ou un handicap pour expliquer le fait qu’elles travaillent à temps partiel. Par ailleurs, les personnes qui ne sont pas titulaires d’un diplôme postobligatoire sont surreprésentées dans les ménages à très faible intensité de travail. Un faible niveau de formation complique l’accès à un emploi stable et réduit les chances d’obtenir un taux d’occupation et un salaire suffisamment élevés. Enfin, les personnes concernées ne parviennent pas toujours à trouver un emploi correspondant au taux d’occupation qu’elles souhaiteraient (situation de sous-emploi).

Pour lutter efficacement contre la pauvreté, il faut que les personnes peu ou pas du tout intégrées au marché du travail puissent s’y insérer durablement. À cette fin, différents systèmes coexistent en Suisse, chacun ayant des missions et des groupes cibles spécifiques. Les principaux acteurs sont l’assurance-chômage, l’assurance-invalidité, l’aide sociale, les programmes cantonaux d’insertion professionnelle, le système éducatif, le partenariat social ainsi que les mesures de politique familiale et d’égalité, telles que l’accueil extrafamilial des enfants.

Les données disponibles montrent qu’en Suisse, les situations de pauvreté sont souvent de courte durée: seul environ 1% des personnes vit pendant quatre années consécutives au sein d’un ménage affichant une très faible intensité de travail. Dans l’ensemble, les mesures en place semblent donc efficaces.

La politique du marché du travail, un atout

L’emploi traditionnel, généralement à durée indéterminée, est la forme de travail la plus répandue en Suisse et offre la meilleure protection contre la pauvreté. Environ une personne sur six occupe toutefois un emploi atypique (contrat à durée déterminée, travail sur appel, etc.). Si cette forme d’emploi offre moins de sécurité qu’un emploi traditionnel, elle est plus facilement accessible et peut servir de passerelle vers un emploi traditionnel pour les personnes qui sont encore peu intégrées sur le marché du travail.

En comparaison internationale, le marché du travail suisse se caractérise par des obstacles juridiques relativement faibles en matière d’embauche et de licenciement. La flexibilité qui en découle favorise la création de nouveaux emplois, ce qui contribue à maintenir le chômage structurel à un niveau relativement bas dans le pays. C’est notamment pour cette raison que le marché du travail en Suisse offre des conditions favorables pour lutter efficacement contre la pauvreté.

  1. Voir la motion de la Commission de la science, de l’éducation et de la culture du Conseil des États: Pauvreté en Suisse. Monitoring régulier de la situation (19.3953). []
  2. Voir aussi le cahier thématique Activité professionnelle et pauvreté en Suisse. []
  3. On parle de «bas salaire» lorsque le salaire brut standardisé est inférieur aux deux tiers du salaire brut médian. []

Proposition de citation: Hauri, Dominik (2026). L’emploi est la clé pour lutter contre la pauvreté. La Vie économique, 05 octobre.