L’Autriche doit se serrer la ceinture. La sculpture «Fat House» de l’artiste autrichien Erwin Wurm. (Image: Keystone)
Les finances autrichiennes sont dans une situation précaire: fin 2024, la dette des administrations publiques au sens de Maastricht s’établissait à 81,8% du PIB et le déficit public à 4,7% de cette référence. À titre de comparaison, le ratio de la dette des administrations publiques en Suisse était de 24% (voir graphique 1) et l’État enregistrait un excédent de 0,4% à la même période.
Il suffit de jeter un regard en arrière pour voir que l’Autriche a rarement affiché des chiffres noirs. Même avant la pandémie, Vienne rencontrait des difficultés pour équilibrer son budget, les excédents de 2018 et de 2019 étant des exceptions. La situation s’est ensuite nettement dégradée, à partir de 2020, en raison principalement des généreux programmes d’aide destinés à atténuer l’impact social et économique de la crise sanitaire, des dépenses supplémentaires et des contractions des recettes induites par cette crise ainsi que de la flambée des prix (de l’énergie, principalement) due à la guerre en Ukraine. À cela viennent s’ajouter un vaste programme de baisses d’impôts résultant de la réforme fiscale éco-sociale mise en œuvre de 2022 à 2024, des mesures sans financement compensatoire (augmentation pontuelle des rentes, p. ex.) et la nette détérioration de la conjoncture qui a abouti, à partir de 2023, à la plus longue récession que le pays ait connue depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Graphique 1: Ratio de la dette publique au sens de Maastricht en Autriche et en Suisse (1990 à 2024)
GRAPHIQUE INTERACTIF
Accroissement de l’endettement
Sans mesures de redressement budgétaire, le déficit public de l’Autriche aurait bondi à 5,8% en 2025 et le ratio de la dette à 96,5% du PIB d’ici 2029. Étant donné que le déficit autrichien menaçait en 2025, pour la deuxième année consécutive, de dépasser nettement le seuil de 3% établi par le Traité de Maastricht, l’Union européenne a engagé une procédure de déficit excessif contre l’Autriche à l’été 2025.
C’est pour cette raison que le nouveau gouvernement fédéral, formé par les Sociaux-démocrates (SPÖ) et les deux partis du centre (Neos et Österreichische Volkspartei [ÖVP]), a lancé, dès le printemps 2025, un vaste programme de consolidation visant à abaisser le déficit de 4,7% du PIB en 2024 à moins de 3% d’ici 2028. Selon ce programme, le ratio de la dette publique devrait continuer à grimper jusqu’en 2028 pour atteindre 87% du PIB et ne commencerait à fléchir qu’en 2029 (voir graphique 2).
Graphique 2: Évolution de l’endettement entre 2024 et 2029 selon les prévisions budgétaires du gouvernement fédéral autrichien
GRAPHIQUE INTERACTIF
Le plan d’austérité du gouvernement
Selon le programme de redressement budgétaire du nouveau gouvernement fédéral, le volume brut des mesures devrait passer de 7 milliards d’euros à 16,5 milliards d’euros entre 2026 et 2029. Ce programme se compose principalement de coupes dans les dépenses opérées dans divers domaines: suppression du bonus climat qui redistribue aux ménages les recettes de la taxe sur le CO2, réduction des dépenses administratives dans les ministères fédéraux, sur le marché du travail (congé de formation[1]) et dans le domaine des rentes de vieillesse (mesures visant à relever l’âge effectif de départ à la retraite). S’y ajoutent des économies réalisées en matière de subventions ainsi qu’au niveau des Länder, des communes et dans le secteur des assurances sociales.
Des mesures doivent également permettre d’augmenter les recettes, notamment le relèvement des impôts, des redevances et des émoluments ainsi que des dividendes versés par les entreprises proches de l’État. L’ampleur du redressement nécessaire rend cette augmentation indispensable, car les possibilités de réduire rapidement les dépenses sont limitées. En outre, les recettes supplémentaires envisagées n’ont guère d’impact sur la conjoncture et contribuent à répartir la charge du redressement budgétaire sur une assise plus vaste.
Les mesures de redressement comprennent aussi un premier train de réformes structurelles: réduction des subventions, intensification de la lutte contre la fraude fiscale et mesures visant à relever l’âge effectif de départ à la retraite. L’impact de ces réformes est atténué par des mesures compensatoires, telles que l’accroissement des moyens alloués à une politique active du marché du travail qui vise à stimuler un développement économique à visage social.
D’indispensables réformes dans le secteur public
En raison de la procédure concernant les déficits excessifs que l’UE s’apprêtait à lancer, le gouvernement a dû établir dans l’urgence le budget bisannuel 2025-2026 (adopté au printemps 2025) et le plan financier à moyen terme. C’est ce qui explique pourquoi ces plans ne contiennent que des ébauches de réformes structurelles concernant le secteur public. Or, ces réformes sont indispensables si Vienne veut pouvoir à nouveau disposer à moyen terme des fonds nécessaires à des investissements porteurs et à des augmentations de dépenses que l’évolution démographique pourrait rendre nécessaires. En outre, elles amélioreraient la résilience du secteur public face à d’éventuelles crises.
Ces réformes structurelles doivent viser plusieurs secteurs, notamment la santé. Il s’agit par exemple de continuer à renforcer les soins ambulatoires face aux soins stationnaires et de promouvoir la spécialisation des hôpitaux. En outre, une meilleure coordination des capacités hospitalières à l’échelon fédéral permettrait de réduire le coût des prestations sans pour autant compromettre leur qualité.
Il convient par ailleurs d’examiner l’ensemble des programmes de subvention du gouvernement fédéral, des Länder et des communes afin d’identifier et de supprimer les doublons. Autre chantier: le fédéralisme. Les pourparlers déjà entamés par le gouvernement fédéral, les Länder et les communes visent à harmoniser davantage les responsabilités en matière de dépenses, de recettes et de financement. Il en va de même de la réforme prévue de la péréquation financière: il s’agit en l’occurrence de désenchevêtrer les tâches publiques et de favoriser l’autonomie budgétaire des Länder et des communes. Enfin, les mesures adoptées jusqu’à présent pour relever l’âge effectif de départ à la retraite devront être complétées par une révision de la loi fixant cet âge.
Intégrer le changement climatique dans la réflexion et récompenser le travail
Étant donné qu’une politique budgétaire durable doit être tournée vers l’avenir, la réflexion à ce sujet doit également tenir compte de critères écologiques. En effet, les carences de la politique climatique, y compris à l’échelon national, occasionnent à long terme des coûts vraisemblablement supérieurs à ceux engendrés par une politique nationale volontariste. Toute politique climatique cohérente doit donc comporter notamment la suppression de subventions dommageables pour l’environnement telles que les avantages fiscaux liés aux véhicules diesel et aux voitures de fonction. En outre, il faut indexer les impôts écologiques sur l’inflation si l’on veut maintenir leur effet incitatif. Il sera aussi indispensable d’investir dans des infrastructures écologiques, dans la décarbonation de l’industrie et dans des mesures d’adaptation au changement climatique.
La pression fiscale, soit la charge supportée par la population et les entreprises, est élevée en Autriche: elle représentait 43,5% du produit intérieur brut en 2024, contre 27,4% en Suisse. Étant donné qu’il n’y a guère de marge de manœuvre pour alléger cette pression, il convient d’exploiter les possibilités existantes afin de mettre en œuvre des améliorations structurelles sans incidence sur le budget. Le régime fiscal peut en effet favoriser davantage la croissance et l’emploi sans recourir à des mesures ayant une incidence budgétaire, comme le recommandent des organisations internationales telles que l’OCDE et le FMI. Il en va ainsi d’une réforme fiscale structurelle sans incidence sur le montant des recettes, qui tirerait mieux parti des taxes environnementales, supprimerait les investissements préjudiciables à l’environnement, augmenterait les taxes immobilières et réintroduirait l’impôt sur les successions.
Cette réforme n’abaisserait certes pas la pression fiscale totale, mais elle permettrait de réduire la fiscalité élevée du travail supportée actuellement par les salariés et les entreprises.
- Possibilité offerte aux employées et employés d’obtenir un congé de durée déterminée pour suivre une formation ou un perfectionnement professionnel. []
Proposition de citation: Schratzenstaller, Margit (2026). L’Autriche doit faire des économies. La Vie économique, 13 avril.