La hausse du nombre de permis de construire suggère une augmentation future de l’activité de construction. Une aire de jeux dans un lotissement à Zurich Affoltern. (Image: Keystone)
Pilier de l’économie suisse, le secteur de la construction représente 4,5% de la valeur ajoutée intérieure et plus de 29% des investissements. Les activités qui lui sont liées génèrent une valeur ajoutée encore plus importante et créent de nombreux emplois, notamment dans l’industrie métallique et dans diverses branches du secteur tertiaire[1]. Les autorisations de construire sont un indicateur particulièrement précieux de l’évolution de la conjoncture, car elles précèdent les investissements dans le secteur de la construction.
De la demande au permis de construire
Pour obtenir un permis de construire, un maître d’ouvrage doit déposer une demande à la commune compétente, qui l’examine et la met à l’enquête publique. Toute personne intéressée peut faire opposition durant le délai de mise à l’enquête. Ce n’est qu’une fois le dossier étudié et les éventuels oppositions et recours réglés que la commune octroie le permis de construire.
Les permis de construire, qui se situent ainsi à la charnière entre la phase d’étude des projets et la phase d’investissement, sont un bon indicateur des intentions d’investissement dans le secteur de la construction. L’évolution de leur volume dépend d’une part des attentes conjoncturelles, soit les prévisions des maîtres d’ouvrage concernant la demande future, les conditions de financement et les perspectives de rendement, et, d’autre part, du cadre structurel, c’est-à-dire des prescriptions relatives à l’aménagement du territoire, de la durée des procédures et de la disponibilité de terrains à bâtir.
En Suisse, l’intervalle qui va de l’octroi de l’autorisation de construire au début des travaux est généralement de plusieurs trimestres et peut même être d’un an ou plus pour les projets de grande envergure. Il faut ensuite compter plusieurs trimestres ou, pour les grands chantiers, plusieurs années avant l’achèvement des travaux. Signalons que les projets autorisés ne sont pas nécessairement tous exécutés. En outre, puisque seuls les projets de construction d’immeubles requièrent l’obtention d’un permis, le montant correspondant aux demandes approuvées n’est pas forcément égal aux investissements réellement effectués.
Malgré ces réserves, la modélisation systématique des décalages temporels permet de prévoir avec une grande fiabilité les investissements qui seront consentis dans le secteur de la construction sur la base des projets autorisés[2]. Même sans le recours à des modèles compliqués, ces données donnent pour le moins des pistes sur l’évolution à attendre.
Graphique 1: Le volume des projets de construction et de rénovation autorisés a augmenté en 2025
GRAPHIQUE INTERACTIF
Reprise des permis de construire après un recul
Le volume total des projets de construction et de rénovation autorisés s’est contracté de 2012 à 2020 (voir graphique 1). Si ce recul a été particulièrement marqué pour les immeubles d’habitation de plusieurs logements, il a également concerné les locaux à usage commercial et industriel. En revanche, les fluctuations ont été moins nettes pour les infrastructures, ce qui a eu un effet stabilisateur sur l’évolution du volume pendant cette période.
La reprise a été perceptible à partir de 2021, les modifications de l’utilisation de l’espace construit constatées depuis la pandémie, dues par exemple au télétravail, s’étant notamment traduites par une progression du nombre de projets de rénovation. Globalement, l’augmentation du nombre de permis de construire est néanmoins restée modérée dans un premier temps, en raison de la hausse des taux hypothécaires et des incertitudes entourant les frais de construction et le rendement des projets.
Un point d’inflexion est à noter dès la fin 2023 et en 2024: le volume total des projets autorisés a enregistré un bond, qui s’est confirmé en 2025. Cette tendance a été particulièrement marquée pour les immeubles d’habitation à plusieurs logements, à la suite de la baisse des taux hypothécaires et de la forte demande en logements en Suisse, de sorte qu’un record a été atteint dans ce secteur. En outre, plusieurs grands chantiers d’infrastructure ont été autorisés durant cette période. Le nombre des permis a stagné en revanche pour les locaux à usage commercial et industriel, ce qui témoigne de la prudence des entreprises.
Graphique 2: Les prix de la construction ont fait un bond depuis 2022.
GRAPHIQUE INTERACTIF
Ne pas confondre «nominal» et «réel»
Si l’on veut évaluer correctement la conjoncture, il est capital de distinguer les investissements nominaux de l’activité réelle. Ainsi, la somme de la valeur des projets indiquée dans les autorisations de construire est une grandeur nominale, qui équivaut aux coûts attendus au moment de l’étude des projets. Si les prix de la construction s’accroissent entre le moment de l’octroi de l’autorisation et l’exécution du projet, comme cela peut être le cas du matériel de construction (béton, fenêtres, chauffage, installations électriques ou carrelages, p. ex.), le coût réel des projets augmente en proportion. Dans ce cas, les investisseurs doivent soit se procurer des fonds supplémentaires, soit ajourner ou modifier leurs projets; de ce fait, le volume des projets autorisés ne correspond pas nécessairement au volume de construction réel.
L’évolution des prix de la construction enregistrée ces dernières années témoigne de l’importance de cet effet: de 2012 à 2021, ces prix ont augmenté modérément, voire parfois ont reculé. Toutefois, ils ont fortement progressé en 2022 en raison des pénuries constatées dans le monde entier et de la crise énergétique en Europe (voir graphique 2). Depuis cette date, le rythme d’augmentation des prix s’est certes affaibli, mais leur niveau demeure élevé. Pour cette raison, l’élargissement réel de l’offre de logements est resté limité, en dépit d’une stabilité apparente des investissements nominaux.
Ce phénomène se manifeste aussi dans le nombre de nouveaux logements autorisés: si leur nombre atteignait près de 55 000 en 2018, il n’était plus que de 41 000 en 2023, un volume insuffisant pour satisfaire la demande, compte tenu de l’augmentation de la population. En conséquence, le taux de logements vacants a diminué en 2025 pour la cinquième année consécutive, avoisinant désormais 1%[3]. La pénurie de logements reste particulièrement marquée dans les agglomérations comme Genève, Zurich ou Zoug. Néanmoins, le nombre de nouveaux logements autorisés a rebondi en 2025 pour passer à plus de 52 000.
Le volume actuel des permis de construire augure une augmentation de la construction au cours des prochains trimestres, en particulier dans le domaine du logement, ce qui, compte tenu d’une demande persistante, pourrait détendre la situation sur le marché du logement en Suisse. Les projets d’infrastructure autorisés ces derniers trimestres devraient eux aussi continuer à stimuler la conjoncture, mais il ne faut pas s’attendre à ce que le secteur industriel lui donne d’élan appréciable compte tenu du faible nombre de permis octroyés ces dernières années.
Bibliographie
- Drechsel D. et Neuwirth S. (2016). Taming volatile high frequency data with long lag structure: An optimal filtering approach for forcasting. Working Paper.
- Neuwirth S. et Wegmüller P. (2022). Un risque de correction dans le secteur de la construction. La Vie économique, 13 septembre.
- Tschirren M. (2026). La pénurie de logements persiste. La Vie économique, 10 mars.
Bibliographie
- Drechsel D. et Neuwirth S. (2016). Taming volatile high frequency data with long lag structure: An optimal filtering approach for forcasting. Working Paper.
- Neuwirth S. et Wegmüller P. (2022). Un risque de correction dans le secteur de la construction. La Vie économique, 13 septembre.
- Tschirren M. (2026). La pénurie de logements persiste. La Vie économique, 10 mars.
Proposition de citation: Neuwirth, Stefan (2026). Les permis de construire repartent à la hausse. La Vie économique, 04 mars.